Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/179

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Serdan, Salaün Lebrenn et Nominoë, séparés des deux victimes par une foule compacte et aussi incapables de porter le moindre secours à MM. de Witt que de fuir l’effroyable spectacle dont ils allaient être fatalement témoins, forcés de contenir leur douleur, leur indignation impuissantes, craignant de plus d’être reconnus pour Français et massacrés, échangèrent un regard désespéré… Voici ce qu’ils ont vu :

Au moment où MM. de Witt mirent le pied sur le perron, Jean soutenant toujours son frère, l’un des miliciens leva son mousquet qu’il tenait par le canon, et en asséna un coup furieux sur la tête de Corneille de Witt en s’écriant :

— Meurs, traître ! le sang versé par les soldats de Louis XIV retombera sur toi !

Corneille de Witt, étourdi par la violence du choc, chancelle ; il est saisi aux cheveux par le boucher qui l’entraîne jusqu’en bas du perron, en brandissant son couteau… Jean de Witt s’élance au secours de son frère, descend deux marches ; mais un notaire, nommé Van-Soënen, lui porte un coup de pique au visage, en lui disant :

— Traître ! tes amis les Français assassinaient les prisonniers à Swamerdam !

Jean de Witt, aveuglé par le sang, tombe sur ses genoux ; puis il essaye de se relever en criant :

— Mon frère… mon frère…

À ce moment, un nommé Van-Valen saisit Jean de Witt par le cou, le renverse à terre, et, appuyant son pied sur sa poitrine, lui décharge à bout portant un pistolet dans la tête en criant :

— Meurs, scélérat… tu as trahi ta patrie ! ! Meurs, complice de Louis XIV !

Le corps de Jean de Witt est traîné sous l’arcade Buytenoff, auprès du corps de son frère égorgé par le boucher. La foule, délirante de fureur, s’acharne sur ces deux cadavres, les crible de coups, les dépouille, les mutile horriblement, et… terrible représaille dont ces