Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/191

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Et cependant l’invasion de la république de Hollande par les armées royales, que déshonorèrent à jamais des actes de férocité inouïe, fut chantée, glorifiée par les poètes… Ils immortalisèrent cette abominable victoire ! Le tendre Racine, le sévère Boileau ont, de nos jours, fils de Joel, souillé leur plume par d’immondes flagorneries, poussé l’ignominie jusqu’à l’hyperbole, en divinisant Louis XIV, en exaltant ses gens de guerre et leur conquête… glorieuse conquête ! ! Dieu juste ! ! des populations inoffensives passées au fil de l’épée ; des femmes, des enfants, des vieillards massacrés avec des raffinements de barbarie qui reculent les limites du monstrueux ! Le pillage, le viol, le meurtre, l’incendie, plongeant ces malheureuses provinces dans l’épouvante et dans le deuil !

Hélas ! un si abject oubli des plus simples notions du juste et de l’injuste est, sinon excusable, du moins concevable chez des poètes de cour. La bassesse dicte, la vénalité tient la plume ; il faut plaire au maître qui pensionne, qui nourrit et héberge… Mais n’est-ce pas quelque chose d’effrayant que de voir le représentant sur la terre d’un Dieu de justice et de miséricorde… le souverain pontife… le vicaire du Christ, mêler sa voix sacro-sainte à ces concerts des muses profanes et écrire à Louis XIV ceci :

« Notre cher frère en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.

» L’univers, contemplant le renversement, par vos armes victorieuses, d’une puissance élevée sur les ruines du pouvoir légitime, et nuisible d’ailleurs aux intérêts de la royauté, félicite Votre Majesté dont le jeune front est décoré de glorieux triomphes et paré de riches dépouilles. Les entrailles de notre charité pontificale ne sauraient plus se contenir, et nous voyons avec une joie égale à la vôtre les accroissements de la vraie religion unis aux succès de Votre Majesté ; joie qui répond à la grandeur des pouvoirs dont la bonté divine nous a investis. En effet, les églises rendues aux catholiques, la discipline religieuse rétablie dans les cloîtres, les prêtres remplissant leurs fonctions, les habitants pouvant libre-