Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/194

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avait de plus en plus désaffectionné de leurs curés les populations catholiques, d’ailleurs de tout temps fort peu orthodoxes en Bretagne, et qui, depuis des siècles, malgré les arrêts réitérés des conciles, perpétuaient traditionnellement une foule de pratiques remontant au druidisme, cette religion primitive de nos pères.

Or, ce jour-là, vers la fin du mois de mai 1675, le bourg de Mezléan était depuis le point du jour en émoi par les préparatifs d’un mariage ; les curieux encombraient les abords de la boutique de Paskou-le-Long (ainsi surnommé à cause de sa haute et maigre stature), tailleur d’habits de son état et poète renommé à dix lieues à la ronde par ses chants et ses complaintes ; aussi était-il toujours choisi pour remplir les fonctions de Baz-valan, messager d’amour et de mariage député par les soupirants auprès des familles des jeunes filles à marier. Paskou-le-Long, malgré ce proverbe armoricain, terriblement humiliant pour les chevaliers du dé et de l’aiguille : — qu’il faut neuf tailleurs pour faire un homme — (en effet, dit le légendaire, quoi attendre d’un indolent tout le jour durant accroupi sur son établi, où il coud comme une femme en bavardant avec ses voisins ?…) ; Paskou-le-Long était très-aimé des habitants de Mezléan, grâce à son bon cœur, à ses saillies, à son intarissable bonne humeur. Ces qualités, jointes à son talent de poète, le rendaient un incomparable Baz-valan ; et lorsque, monté sur son petit cheval blanc, à la crinière tressée de rubans (les malicieux demandaient à quoi bon le cheval de Paskou-le-Long, de qui les pieds traînaient à terre quand il chevauchait… ?), il partait pour négocier quelque mariage, tenant à la main le symbolique rameau de genêt fleuri, emblème d’amour et d’union, l’amoureux était presque certain de voir revenir le Baz-valan porteur d’une heureuse nouvelle, à moins cependant qu’il eût rencontré en sa route une pie, voire un corbeau perchés sur un arbre, augures tellement sinistres, qu’en leur occurrence Paskou-le-Long rebroussait chemin, certain d’avance du mauvais succès de sa demande ; mais une tourterelle, nichée dans la feuillée, roucoulait--