Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/193

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Et cependant, malgré vos bénédictions, ô saint père ! cette invasion, cette conquête, ce triomphe de la force sur la faiblesse, de la brutalité sur le droit, sera au grand jour de la justice terriblement expié par la France et par son grand roi, parce que l’iniquité, le parjure, la violence, parce que le crime enfin, si glorieux, si rayonnant qu’il semble en son triomphe éphémère, porte en soi un germe fatal et mortel ! ! ! Que cette mâle et saine croyance nous rassure, nous console, nous retrempe, fils de Joel !… Pas de défaillance, notre siècle aura vu le châtiment de Louis XIV !


Le bourg de Mezléan, situé sur la côte de Bretagne, à une distance à peu près égale de la ville de Vannes et des pierres druidiques de Karnak, est en majorité habité par des familles protestantes ; leurs ancêtres, lors du progrès de la réforme en Bretagne et des guerres religieuses de la fin du seizième siècle, avaient quitté Vannes, cité presque entièrement catholique, et fondé pour ainsi dire ce bourg, où ils élevèrent un temple. Ce temple, détruit à l’époque de la réaction de la Ligue, dont la basse Bretagne fut le dernier foyer, avait été remplacé par une église catholique, puis, enfin, relevé après la promulgation de l’édit de Nantes par Henri IV. Depuis lors, et pendant longtemps, les réformés de Mezléan ne furent guère troublés dans l’exercice de leur foi ; mais l’esprit de fanatique intolérance qui provoqua plus tard la révocation de l’édit de Nantes commença de poindre, et l’évêque de Vannes prétendit rendre le temple de Mezléan au culte catholique, ainsi qu’au temps de la Ligue, et suscita mille difficultés, mille vexations aux protestants du bourg, et les recteurs (ou curés) des paroisses s’efforcèrent maintes fois de soulever les haines religieuses de leurs ouailles, en leur signalant leurs voisins de Mezléan comme des hérétiques ensabbatés. Vaines manœuvres : le beau temps de la Ligue était passé ; de plus, le poids écrasant des dîmes, des taxes ou autres impôts exigés par le clergé