Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/222

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vres gens de nos campagnes, qu’à l’aspect des habits rouges les enfants se jetèrent éplorés dans les bras de leurs mères ; les jeunes filles, redoutant la licence proverbiale des gens de guerre, se rapprochèrent, craintives, de leurs parents ; bon nombre de vassaux commencèrent de trembler, tandis que le forgeron et plusieurs hommes aussi déterminés que lui contenaient à grand-peine leur irritation, sentant qu’il leur serait funeste d’engager la lutte à cette heure. La route s’encaissait à cet endroit entre deux berges surmontées de haies. Le détachement se divisa. La moitié des soldats gagna la tête du cortége, afin de lui barrer au besoin le passage, tandis que les autres pouvaient lui couper la retraite.

Salaün Lebrenn, Pakou-le-Long, Madok-le-Meunier, gardés en otage par le peloton d’arrière-garde, ne purent se rapprocher de leurs amis. Nominoë, ayant toujours en croupe son épousée, vit avec autant de surprise que d’angoisse son père retenu prisonnier.

— Que pas un de vous ne bouge ou ne souffle, rustauds ! sinon, par la mort Dieu ! mes hommes font feu ou vous lardent à coups de baïonnette ! — cria le sergent La Montagne en s’avançant la canne haute vers les paysans qui, effrayés, refluèrent les uns sur les autres afin de lui livrer passage. Puis s’adressant au bailli et à l’huissier :

— Faites votre office… Je m’en vais voir comment est tournée la mariée, — ajouta le soudard jetant çà et là ses regards. Ils s’arrêtèrent bientôt sur la charmante figure de l’épousée, reconnaissable à son ruban de fiançailles et d’autant plus en évidence qu’elle était assise à cheval derrière Nominoë. — Sang Dieu ! la jolie fille ! ce tendron est un trop friand morceau pour ce blanc bec de mari ! — s’écria le sergent, et il fit quelques pas afin de se rapprocher de Tina.

Un roulement de tambour, accompagné du tintement réitéré de la sonnette du recors, couvrit les dernières paroles du soudard. Et après ce ban ou avertissement de garder le silence, le bailli du très-haut, très-puissant, très-honoré, très-redouté seigneur Justin-Dominique-Raoul Neroweg, comte d’Issoire, en Auvergne ; baron de Nointel,