Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/226

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tache d’une main, et de l’autre la poignée de son épée, il commença de poursuivre de ses regards effrontés la jeune épouse. Celle-ci, détournant la tête, s’abrita derrière l’épaule de Nominoë, qui, outré de l’audace du soldat, pâlit de colère. Cependant il se contint, et afin de rester plus sûrement maître de soi-même, il voulut s’éloigner de quelques pas ; mais au moment où il allait reculer son cheval, le sergent le saisit rudement à la bride et le maintint immobile à sa place. Cet acte grossier allait être châtié par Nominoë, qui, hors de lui, se dressait sur ses étriers, lorsque Tina l’enlaça de ses bras en jetant une exclamation d’épouvante, et le supplia de maîtriser sa colère. Il se rendit aux instances de son épousée, instances appuyées d’ailleurs d’un regard significatif de Tankerù, qui, les poings crispés, les traits contractés par une fureur contenue, suait sa rage à grosses gouttes. Cependant quelques paysans, témoins de l’outrageante conduite du sergent, commencèrent de murmurer ; mais lui, les toisant d’un regard de dédain et de défi, brandit sa canne en disant : — Tête et ventre ! Rustauds, on bronche… je crois ?

— Pensez à vos femmes, à vos filles, à vos enfants… patience ! patience ! — cria de loin et à haute voix aux paysans Salaün Lebrenn retenu, au milieu des soldats, ainsi que Paskou-le-Long et Madok-le-Meunier. Les sages paroles de Salaün furent écoutées. Les murmures cessèrent. Le soudard, attribuant à la crainte qu’il inspirait l’humble résignation de ces bonnes gens, redoubla d’audace, et, portant une main brutale et impudique sur les genoux de Tina, assise en croupe du cheval de Nominoë, les serra en disant : — Sang Dieu ! regarde-moi donc, ma jolie fille… ne crains rien, poulette… ma moustache ne fait trembler que les hommes ! — ajouta-t-il en fixant Nominoë avec mépris. Puis, portant l’outrage à son comble, le sergent, se haussant sur le bout de ses pieds, passe son bras autour du corsage de Tina, et l’attirant violemment à lui : — Donne-moi un beau baiser ! mort Dieu ! sinon je le prends !

Nominoë était sans armes ; mais, par un mouvement plus rapide