Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/230

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— Il suffit !… Du Buisson, payez cet homme, — dit Berthe à son écuyer en lui remettant une bourse qu’elle prit dans sa poche. Et s’adressant à l’huissier : — L’argent reçu, vos poursuites cesseront.

— Naturellement, mademoiselle, et je vais prévenir le sergent chargé d’exercer la contrainte militaire que je n’ai plus besoin de ses services.

Le bailli, préjugeant du caractère généreux de mademoiselle de Plouernel par ses premiers actes, et désireux de bien mériter de la sœur de son maître en paraissant s’intéresser aux paysans, ajouta :

— Je dois le dire à mademoiselle, en toute équité, les vassaux de monseigneur ne sont point absolument fautifs au sujet de leur rixe contre les soldats du régiment de la Couronne…

Berthe parut surprise et reprit :

— Ces soldats appartiennent au régiment de la Couronne ?

— Oui, mademoiselle, et la cause de la rixe est une jovialité du sergent, qui a voulu embrasser de force la mariée.

— Ah ! ces gens de guerre… ils se croient toujours en pays conquis, — dit amèrement mademoiselle de Plouernel. Et s’adressant au bailli : — Allez quérir ce sergent… je veux lui parler à l’instant !

Le bailli s’éloigna afin d’exécuter ces ordres. Un groupe de femmes et d’enfants, témoins de la scène précédente, aussi émus que surpris de la générosité de mademoiselle de Plouernel, car, hélas ! d’habitude la seigneurie se montre méprisante et dure envers les pauvres gens, comblèrent la jeune fille de bénédictions, entourèrent son cheval et, dans la naïve effusion de leur reconnaissance, lui demandèrent la faveur de baiser ses mains. Berthe, touchée jusqu’aux larmes, leur répondit en désignant du geste la petite fille qui, lors de la cérémonie des épousailles où figuraient le Baz-valan et le Brotaër, avait joué le rôle du bouton d’églantier.

— Donnez-moi cette jolie petite fille… — Et Berthe, se penchant sur sa selle et tendant les bras, ajouta : — En embrassant cette enfant, c’est vous toutes que j’embrasserai, mes chères femmes…