Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/231

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La mère, toute glorieuse, éleva dans ses bras la petite fille. Berthe la prit, l’assit sur ses arçons, et baisa tendrement les joues roses de l’enfant. Celle-ci, charmée de ses caresses, jeta ses bras au cou de mademoiselle de Plouernel, qui répondit à cette gentille familiarité en embrassant de nouveau l’enfant à plusieurs reprises. Puis se tournant vers son écuyer qui venait de solder l’huissier : — Reste-t-il de l’argent dans ma bourse ?

— Oui, mademoiselle… il y reste sept louis et quelque monnaie.

Berthe prit la bourse et la mettant entre les mains de la petite fille :

— Tiens, chère enfant, cette offrande allégera la misère de tes parents…

Et donnant un dernier baiser à la fillette, mademoiselle de Plouernel la rendit à sa mère, qui, fondant en larmes, s’agenouilla, joignit les mains et s’écria : — Ah, notre demoiselle ! soyez bénie… vous êtes bonne au pauvre monde ! soyez bénie ! Nous vous aimerons toujours !

— Oui, oui, soyez bénie, notre demoiselle ! — Nous vous aimerons toujours ! — Soyez bénie ! — répétèrent grand nombre de voix attendries, car, peu à peu et de proche en proche, le récit des générosités de mademoiselle de Plouernel et des ordres compatissants donnés par elle au bailli s’était répandu parmi les paysans. Plusieurs d’entre eux, ayant rejoint leurs femmes et leurs enfants, faisaient cercle autour de la jeune fille, au moment où le bailli revenait, suivi du sergent La Montagne, pâle de fureur. Sa brutale insolence ne semblait pas devoir plier devant la qualité de mademoiselle de Plouernel, car à peine fut-il arrivé près d’elle qu’il s’écria : — Par la mort de Dieu ! mademoiselle, je ne suis, moi, ni bailli ni huissier ; je suis sergent au régiment de la Couronne ; je ne reçois d’ordre que de mon colonel ! Plusieurs de ces rustres ont osé porter la main sur moi et me désarmer ! Sang Dieu ! me désarmer ! ils sont entre les mains de mes soldats qui vont les conduire à Vannes ; et si vous êtes curieuse,