Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/235

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ture dont la fantaisie est infinie et charmante. Ici, des coupoles élégantes comme le minaret oriental contrastent avec l’angle aigu des grands toits ; là, des galeries découpées à jour, sorte de pont aérien jeté dans l’espace, relient un corps de logis à l’autre ; ailleurs, ce sont des terrasses à balustres d’une légèreté incroyable et qui semblent brodés dans la pierre. C’est une richesse, une diversité, une efflorescence d’ornementation sculpturale à éblouir, depuis les corps extérieurs de la cheminée, dont chacun est un chef-d’œuvre d’exécution, jusqu’aux gargouilles chimériques ou aux encadrements des portes et fenêtres, ornés de chiffres, de fleurs, d’oiseaux, de têtes d’animaux réels ou fabuleux, et cependant prodige de l’art : l’inépuisable variété des détails, l’irrégularité fantastique des différentes parties de l’édifice, se fondent en un ensemble rempli de noblesse et de grâce. Enfin, à une demi-lieue environ de cet éblouissant palais de fées, dont la blanche façade fourmille de sculptures dorées par les rayons du soleil, s’harmonise d’une façon si riante avec l’azur du ciel et la verdure des bois, l’on aperçoit au faîte d’une montagne aride, rocheuse, taillée presque à pic, l’on aperçoit les sombres ruines de l’ancien manoir féodal de Plouernel à demi cachées par des lierres immenses. Seul, l’indestructible donjon a défié les âges ; sa masse carrée, noircie par le temps, s’élève à plus de cent vingt pieds de hauteur, encore couronnée de ses créneaux, de ses machicoulis, et flanquée à chacun de ses angles d’une tourelle d’où les hommes d’armes, de guet, épiaient au loin les parcours de la route unique et de la rivière, contournant l’une à gauche, l’autre à droite, le pied du roc au sommet duquel était perché comme un nid de vautour le repaire seigneurial.

Une avenue d’ormes séculaires, plantée sur quatre rangs et d’une longueur d’une demi-lieue, s’étendait devant la façade du château de Plouernel, élevée sur une vaste cour d’honneur demi-circulaire, entourée d’une colonnade surmontée de terrasses ; cet élégant hémicycle architectural masquait les écuries, les chenils, la fauconnerie et