Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/236

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autres dépendances du château ; un double perron tournant à balustres de marbre conduit à la porte principale du château, surmontée d’une imposte où se voit, enchâssé au milieu d’attributs de chasse et de guerre artistement sculptés, le blason des seigneurs de Plouernel, trois serres d’aigle de sable en champ de gueule, et, au milieu de gracieux entrelacs, le chiffre de Guy de Plouernel, édificateur de ce palais, en l’année 1529, selon la date lapidaire incrustée au-dessous des armoiries. L’activité d’un grand nombre de valets, de palefreniers, de cuisiniers, de gens de vénerie, traversant la cour d’honneur afin de se rendre de l’un à l’autre des bâtiments des communs, annonce que le seigneur du lieu habite le château. Plusieurs soldats vêtus de l’uniforme rouge, et deux factionnaires de garde au pied du perron tournant, indiquent aussi que le marquis de Châteauvieux, colonel du régiment de la Couronne, réside chez le comte de Plouernel, celui-ci ayant généreusement offert à son ami le colonel de caserner dans les immenses dépendances du château deux compagnies de soldats. Enfin, au loin, des écuyers font manœuvrer des chevaux de prix sur le fin gazon d’une pelouse, au-delà de laquelle s’étendent à perte de vue les masses verdoyantes du parc immense, dominé à l’orient par la montagne rocheuse au faîte de laquelle se découpent sur l’azur du ciel les ruines imposantes et le noir donjon de l’ancien manoir de Plouernel. L’intérieur du château moderne répondant à la somptuosité de son extérieur, une nombreuse livrée remplissait le vestibule dallé de marbre, à gauche duquel se prolongeait une longue galerie ; elle renfermait les portraits des seigneurs Neroweg de Plouernel. La plus ancienne de ces peintures, appartenant au dixième siècle et empreinte de toute la roideur byzantine, représentait une Neroweg, Méroflède, abbesse de Meriadek en Plouernel, au temps de Karl-Martel ; mais l’antiquité de cette famille remontant à la conquête des Gaules par les Franks, le père du comte actuel avait, par orgueil de race, suppléé au manque de portraits antérieurs au dixième siècle, en consultant sa généalogie et fai-