Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/242

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n’est-il pas, sauf son peu de naissance, un gentilhomme accompli, fort riche ? Parfaitement en cour, et grâce à la prodigieuse faveur dont jouit monsieur son père auprès du roi, le marquis, colonel à vingt-cinq ans, peut un jour viser au bâton, l’abbé… Pensez donc à cela… obtenir le bâton !

— Votre nièce a beau souci vraiment ! beau souci elle a du bâton de maréchal et des richesses du marquis ! ne la connaissez-vous point ?… Et à propos de richesse, un souvenir me vient à l’esprit et corrobore mes certitudes.

— Quel souvenir ?

— Berthe, selon la coutume de Bretagne, qui assure aux filles une notable part de l’héritage paternel et maternel, n’a-t-elle pas voulu, non-seulement connaître le chiffre de sa légitime, mais avoir en sa possession, dès à présent, les pierreries de sa mère, évaluées à plus de quarante mille écus ? ne s’est-elle pas en outre fait remettre, par l’intendant du comte, mille louis en avance d’hoirie qu’elle détient dans sa cassette avec les pierreries ?

— Purs caprices ! auxquels nous avons dû accéder par crainte d’un refus de cette écervelée au sujet du mariage !

— Eh bien ! marquise, ce que vous regardez comme le caprice d’une écervelée… en d’autres termes, cette ferme volonté d’avoir en sa possession une somme d’argent considérable est à mes yeux de la part de votre nièce un acte très-réfléchi, et ses conséquences peuvent être désastreuses, si, comme je le crains, la pensée qui, cette nuit, m’est venue comme un trait de lumière, en songeant à tout ceci, m’a mis sur la voie de la vérité.

— Quelle pensée ?

— Selon moi, Berthe est amoureuse.

— Berthe !

— Oui…

— Berthe amoureuse !…


— Oui, oui…