Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/244

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caractère divin, afférent, inhérent à tous les actes de la royauté !… M. de Plouernel fut donc sincèrement surpris et fort révolté du mauvais vouloir de Berthe, assez peu soucieuse de la fortune de son frère et du service du roi pour refuser de s’abandonner à S. M. Charles II. Cette jeune fille, déjà si étrange par sa libre manière d’envisager les choses de son temps, ne fut plus au regard du comte qu’une manière de folle, bonne à enfermer pour le repos et l’honneur de sa maison, ce à quoi il se fût résolu sans la pitié involontaire qu’il ressentit en voyant Berthe presque mourante d’une maladie de langueur ; mais lorsque, désireux d’assurer à jamais le lustre de sa descendance en retrempant sa noblesse de fraîche date dans l’alliance de ses enfants avec l’héritier et l’héritière de l’une des plus anciennes maisons de France, le duc de Châteauvieux eut fait, au sujet de cette double union, des ouvertures à M. de Plouernel, celui-ci n’hésita pas davantage à marier, bon gré, mal gré, sa sœur au marquis de Châteauvieux, qu’il n’avait hésité dans son dessein de la donner pour maîtresse à Charles II. Le hasard voulut que le marquis fût un beau jeune gentilhomme assez débauché, grand ivrogne et forcené joueur, au demeurant ni meilleur ni pire que tant d’autres de sa caste ; mais eût-il été vieux, laid, podagre, pourri de corps et d’âme, que le comte eût poussé outre sans reculer devant aucun moyen pour contraindre sa sœur à ce mariage, puisque si elle refusait d’épouser le marquis, il ne pourrait, lui, Raoul de Plouernel, prétendre à la main de mademoiselle de Châteauvieux ; ainsi seraient ruinées les espérances qu’il fondait sur les grands biens de cette héritière et sur le crédit du duc, assez puissant pour assurer l’ambassade d’Espagne à son futur gendre, qui, de la sorte, triompherait de ses rivaux, cette ambassade étant convoitée par plusieurs seigneurs de la plus grande naissance, et jusqu’alors des plus favorisés. Or, la haine de ses rivaux, la cruelle volupté de les primer, de les poigner, de les mortifier à vif et à sang, est l’un des irrésistibles mobiles des ambitieuses convoitises du vrai courtisan ; pourquoi témoigne-t-il