Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/247

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— De quoi s’agit-il donc, mon cher Raoul ? — demande l’abbé. — Qu’avez-vous appris ?

— Mon bailli de Mezléan m’informe qu’il allait opérer la saisie de plusieurs attelages appartenant à certains vassaux récalcitrants aux surtaxes dont il m’a plu de les charger, lorsque ma sœur, passant d’aventure sur le chemin, s’est imaginé de défendre à mon bailli d’instrumenter et, de plus, d’arrêter un braconnier récidiviste méritant la corde !

— C’est inouï ! — s’écria la marquise. — En vérité votre sœur mérite !…

— Attendez, madame, ce n’est pas tout…

— Quoi donc encore ?

— Mon bailli et un huissier des tailles, ayant aussi à opérer contre ces manants et connaissant leur méchant vouloir, s’étaient fait escorter de plusieurs soldats d’une compagnie du régiment du marquis, logée à Vannes depuis que M. le duc de Chaulnes craint quelque mouvement dans les campagnes. Eh bien ! madame, croirez-vous à cet excès d’audace ? Ces manants ont osé se rebeller contre les soldats de l’escorte du bailli et tenté de les désarmer…

— Mais, mon neveu… ceci est très-grave !

— Très-grave, madame ; heureusement le sergent de l’escorte, homme résolu, a eu bientôt raison de cette canaille. Il saisit trois des plus mutins… Alors que fait ma sœur ?

— Elle demande leur grâce ?

— Mieux que cela, l’abbé. Elle l’exige et menace le sergent de la colère du marquis de Châteauvieux…

— Décidément, Raoul, il faut prendre un parti à l’égard de cette folle…

— J’y incline d’autant plus volontiers, madame, que, selon la lettre de mon bailli, l’intervention de ma sœur en ces occurrences a produit des effets détestables : mes vassaux, ainsi encouragés dans leur résistance à acquitter les taxes, disent hautement qu’elles sont