Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/253

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la marquise, que je vous adresse une prière… Je dois quitter le château de Plouernel dans deux heures, et si méprisable que soit la révolte de ces gens de Nantes, que je vais rudement châtier, la guerre civile a ses hasards ; la balle du vieux mousquet rouillé d’un bourgeois porte souvent aussi juste que celles de nos soldats ; je ne sais donc quelle sera ma destinée dans la lutte qui va s’engager ; mais avant de me séparer de vous, cher comte, j’aurais le plus vif désir d’être fixé sur le bon ou mauvais succès d’un double mariage qui comblerait mes vœux et ceux de monsieur mon père.

— Mon cher marquis, — reprit M. de Plouernel d’un ton pénétré, — nous nous entretenions justement tout à l’heure avec ma tante et l’abbé de la nécessité d’obtenir aujourd’hui même de ma sœur une réponse qui, je n’en doute point, sera conforme aux désirs de nos deux familles. Les fâcheux événements qui précipitent votre départ rendent la nécessité de cette réponse plus urgente encore… et si elle est ce qu’elle doit être… ce dont je ne puis douter, notre chapelain vous fiancera aujourd’hui à ma sœur dans la chapelle du château.

— Et lorsque vous aurez cruellement châtié ces insolents bourgeois de Nantes, ce qui sera prompt et facile, grâce à vos vaillants soldats, mon cher marquis, — ajouta madame du Tremblay se rassurant peu à peu, — vous reviendrez ici. Monsieur le duc, votre père, et mademoiselle de Châteauvieux, selon qu’il a été convenu avant notre départ de Versailles, se rendront à Plouernel, où les fêtes du double mariage auront lieu avec un éclat, une magnificence qui seront l’admiration de la Bretagne…

— Surtout, monsieur le marquis, engagez M. le duc de Chaulnes à faire tout d’abord pendre haut et court le plus de bourgeois qu’il se pourra, — ajouta l’abbé Boujaron paraissant moins certain que la marquise du prompt apaisement de la sédition. — Il faut frapper l’esprit de ces coquins par la terreur…

— La rigueur habituelle de M. de Chaulnes doit vous être garant, monsieur l’abbé, qu’il ne faiblira point devant le populaire, — ré-