Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/252

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Au moment où la marquise venait d’adresser la parole à M. de Plouernel, qui lui répondit par un signe affirmatif, le marquis de Châteauvieux, jeune gentilhomme de belle et grande mine, se présenta dans le salon. Il semblait soucieux et tenait une lettre à la main.

— Madame, — dit-il à la marquise, — j’ai à vous apprendre une nouvelle dont je suis doublement affligé.

— De quoi s’agit-il, mon cher marquis ?

— Cette dépêche que je viens de recevoir par un courrier de M. le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, m’ordonne de me rendre sur-le-champ près de lui avec deux bataillons de mon régiment que je rallierai en route. Une sédition, que l’on croit fomentée par le Parlement, vient d’éclater à Rennes. L’autorité du roi est attaquée ; les faubourgs sont en armes… M. de Chaulnes n’est plus en sûreté…

— Grand Dieu ! — s’écria madame du Tremblay, non moins alarmée que l’abbé ; — mais ce que vous nous apprenez là, marquis, est un événement des plus graves !

— D’autant plus grave, — ajouta M. de Plouernel pensif, — que cette sédition semble coïncider avec la récente rébellion de mes vassaux de Mezléan… Cette canaille, le croiriez-vous, marquis, a eu l’audace de remuer devant vos soldats et de tenter de les désarmer !

— J’ai été instruit de ce fait par une lettre de l’un de mes bas officiers, qui a dû, en cette occurrence, relâcher ses prisonniers d’après les ordres de mademoiselle de Plouernel. Aussi ai-je dû rappeler ce détachement, ne pouvant laisser mes soldats dans une contrée où ils ont eu à subir un outrage impuni ; ils arriveront ici ce soir…

— Croyez, mon cher marquis, que je suis aux regrets de l’outrecuidance de ma sœur en cette rencontre…

— Mademoiselle de Plouernel, sans réfléchir aux conséquences de son acte, a cédé à un sentiment de générosité dont je n’oserais la blâmer. Mais, puisque j’ai l’honneur de prononcer son nom, — ajouta M. de Châteauvieux, — permettez, mon cher comte, et vous, madame