Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/255

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— Mademoiselle est allée se promener dans le parc.

— Quoi, sortie ! et hier et ce matin encore elle se prétendait tellement souffrante qu’elle ne pouvait me recevoir !

— Le temps est si beau que mademoiselle a cru que la promenade lui serait salutaire.

— Vous mentez, ma nièce n’est pas sortie.

— Madame la marquise peut s’assurer de la vérité…

— Cette sortie subite est des plus étranges… Et de quel côté du parc s’est dirigée ma nièce ?

— Je ne saurais répondre à madame la marquise à ce sujet… mademoiselle a pris ses gants, son masque, son capuchon de taffetas, pour se préserver de l’ardeur du soleil… et elle est sortie…

— Il y a là un mystère… vous me cachez quelque chose…

— Je dis à madame ce que je sais…

— Prenez garde, vous êtes complice de toutes les folies de mademoiselle de Plouernel, et vous pourrez vous en repentir !

— J’obéis aux ordres de mademoiselle ainsi que j’ai obéi aux ordres de madame la comtesse, sa mère.

— Je vous le répète, il est impossible que ma nièce, qui se disait ce matin encore très-souffrante, soit sortie sans motif. Ce motif, vous le connaissez… Répondez… répondez !

— Je l’ai dit à madame la marquise, le temps est si beau que mademoiselle a cru que…

— Il suffit… — reprit madame du Tremblay d’un ton courroucé en jetant sur la vieille Marion un regard menaçant ; — je me souviendrai, en temps et lieu, de votre obstination… vous pourrez la payer cher !

La marquise alla rejoindre aussitôt le comte de Plouernel et l’abbé ; ils se montrèrent non moins qu’elle-même surpris, inquiets et courroucés de la sortie imprévue de mademoiselle de Plouernel. Le marquis de Châteauvieux ne pouvait prolonger son séjour au château que de quelques heures, de sorte que si avant son départ Berthe n’était