Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/260

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de respect la main qu’elle lui offrait, la couvrit de larmes, y appuya son front brûlant, et bientôt ses sanglots le suffoquèrent.

Berthe retira doucement sa main d’entre celles de Nominoë, lui disant d’une voix émue :

— Monsieur Lebrenn, je vous en prie, relevez-vous. — Et, avisant à quelques pas de là une roche couverte de mousse, sorte de banc naturel, la jeune fille ajouta : — Je suis à peine convalescente… je me sens fatiguée… permettez que je me repose sur cette pierre…

Nominoë se releva et obéit à un signe de mademoiselle de Plouernel, qui, après s’être assise, l’invitait à prendre place à ses côtés. Puis, se recueillant un instant, elle reprit :

— Les positions en apparence difficiles, ou même fausses, deviennent, selon moi, faciles et droites, grâce à la loyauté… Je serai franche… vous serez sincère, monsieur Lebrenn… je n’en doute pas…

— Je vous sais gré, mademoiselle, de me juger ainsi, — répondit presque machinalement Nominoë, car le début de cet entretien augmentait son trouble. Il ne remarquait plus aucun embarras sur la physionomie de Berthe ; sa première et vive émotion se calmait, la tranquille assurance de son regard réfléchissait la pureté de son âme et la fermeté de son caractère. Elle reprit :

— Et d’abord, afin de vous rendre intelligible ce qui pourrait vous sembler inexplicable, monsieur Lebrenn, je dois vous dire qu’avant de vous devoir la vie et… plus que cela… l’honneur… je ressentais déjà un vif intérêt, sinon pour vous particulièrement, du moins pour toutes les personnes de votre famille… — Et Berthe ajouta, répondant à un geste de surprise de Nominoë : — Je connaissais une partie de votre légende…

— Vous, mademoiselle ! — reprit le jeune homme avec stupeur, — est-ce possible !… et comment ?

— Grâce à un manuscrit du colonel de Plouernel…

— Cet écrit remonte à la fin du siècle passé ? — reprit Nominoë,