Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/268

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sance et d’admiration ; mais tous les ressorts de mon âme étaient brisés, je n’ai pu que pleurer… larmes stériles et lâches !… en vous laissant dans cette ville, mourant peut-être et victime de votre dévouement pour moi !… Nous sommes parties pour la France. Les fatigues du voyage, jointes à une fièvre lente, avaient rendu mon état presque désespéré lors de mon arrivée à Versailles. J’y suis restée pendant deux ou trois mois entre la vie et la mort…

— Mon Dieu ! que de souffrances ! — reprit Nominoë, attachant sur mademoiselle de Plouernel un regard d’inquiète et tendre sollicitude. — Ah ! lorsqu’il y a peu de jours je vous ai revue pendant un instant sur la route de Mezléan… votre pâleur, l’altération de vos traits, m’ont navré… je…

— Ne parlez pas de Mezléan ! — reprit vivement Berthe avec un accent si douloureux que Nominoë tressaillit de surprise. Et la jeune fille, dominant son émotion, ajouta après un moment de silence : — Je n’aurai que trop tôt à vous parler de Mezléan…

— De grâce, expliquez-vous…

— Écoutez encore… Grâce aux soins des médecins, à ma jeunesse, je sortis de l’état presque désespéré où je languissais depuis mon retour de Hollande ; je crus m’éveiller d’un songe pénible… peu à peu je me souvins de tous les événements de mon voyage à La Haye… Ces souvenirs, rendus par notre séparation doublement chers à mon cœur, y éveillèrent pour vous un sentiment plus tendre que la reconnaissance… je vous aimai, Nominoë !… En cela, je cédais surtout à l’irrésistible attrait de cette pensée, que j’aimais en vous le descendant de cette famille si longtemps persécutée par la mienne. Mon amour devenait une sainte expiation du passé !… Je voyais, quelque chose de providentiel dans les événements qui nous avaient rapprochés ! Ne vous devais-je pas la vie… l’honneur ! à vous, descendant de ces vassaux si souvent frappés dans leur vie, dans l’honneur de leurs filles, de leurs femmes, par mes ancêtres ! Oh ! Nominoë, si vous saviez avec quelle ferveur je remerciai Dieu de m’avoir inspiré ce