Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/267

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voyage… Que vous dirai-je… je croyais alors ne jamais vous revoir, Nominoë ! cependant, je me sentais heureuse de vous être attachée par les liens de la reconnaissance, et de ce jour, votre souvenir prit place dans mon cœur…

— Oh ! de ce jour aussi, votre souvenir, votre image, ont toujours été présents à ma pensée !… Comment aurais-je oublié ce moment où, m’approchant de votre brigantin dans l’espoir de le sauver, je vous vis à la poupe de ce navire, si belle, si calme, et souriante à la tempête !… Ce fut pour moi une éblouissante vision ! Hélas ! trop souvent depuis elle m’est apparue dans mes rêves !… Enfin, lorsqu’en ce même jour je lus dans vos yeux la peine que vous causait l’humiliation dont j’avais à souffrir… j’ai deviné la bonté, la noblesse de votre cœur ! et votre souvenir m’est devenu plus cher encore…

— Je vous crois, Nominoë… Pourquoi l’impression que vous avez ressentie n’aurait-elle pas été aussi vive que celle que j’ai ressentie moi-même ? Vint enfin ce jour funeste où, blessé de deux coups de feu, vous avez failli périr pour m’arracher au déshonneur… — ajouta mademoiselle de Plouernel d’une voix émue et les yeux humides de larmes ; — ce jour enfin où j’ai appris, rencontre étrange, providentielle ! que mon sauveur appartenait à cette famille vassale dont je connaissais la légende… Cette découverte, succédant aux terribles émotions de la soirée, me bouleversa, me porta le dernier coup ; je repris cependant un peu conscience de moi-même lorsque M. Serdan, après nous avoir donné les moyens de quitter La Haye, me fit espérer que vos blessures ne seraient peut-être pas mortelles et, en quelques mots partis du cœur, fit de vous un éloge dont je fus pénétrée… Aussi, je vous le jure, Nominoë, si en ce moment je ne m’étais déjà sentie accablée par les premières atteintes d’une maladie grave qui devait durer bien longtemps ; si mon esprit n’eût pas été troublé, ma force épuisée par tant de violentes commotions, je n’aurais pas, cette nuit-là, quitté La Haye sans vous avoir revu… sans vous avoir dit tout ce que votre générosité m’inspirait de reconnais-