Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/270

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à Hésus — pour la délivrance de la Gaule ; — elle s’appelait Hêna, — Hêna, la druidesse de l’île de Sèn. »

« — Bénis soient les dieux, ma douce fille, — lui dit ce soir-là son père, — Joel, le brenn de la tribu de Karnak. — Bénis soient les dieux, ma douce fille, — te voilà venue de l’île de Sèn ; — nous fêterons demain dans notre maison — le jour, l’heureux jour de ta naissance. »

« — Bénis soient les dieux, ma chère fille, — dit à Hêna sa mère Margarid. — heureuse est ta venue ; — mais ta figure est triste ! »

« — Ma figure est triste, mon père ; — ma figure est triste, ma bonne mère, — parce que je viens vous dire : — Adieu et au revoir. »

« — Et où vas-tu, chère fille ? — Bien long sera ton voyage ? — Où vas-tu donc, douce Hêna ? »

« — Je vais en ces mondes mystérieux — que personne ne connaît, — que tous nous connaîtrons, — où personne n’est allé, — où tous nous irons ; — pour renaître et revivre, — près de ceux-là que nous avons aimés ! »

« — En entendant Hêna dire ces paroles, — bien tristement se regardèrent, — et son père et sa mère et tous ceux de la famille, — et aussi les petits enfants. — Hêna avait un grand faible pour l’enfance ! »

« — Pourquoi donc, chère fille, — dit Joel, le brenn de la tribu de Karnak, — pourquoi donc quitter ce monde-ci ? — Pour t’en aller ailleurs, — avant que l’ange de la mort… — la mort… cette vie nouvelle… — avant que l’ange de la mort t’appelle ? »

« — Bon père, bonne mère, — Hésus est irrité ; l’étranger menace, — menace notre Gaule bien-aimée. — Le sang innocent d’une vierge, — offert par elle aux dieux, — peut apaiser leur colère. — Adieu donc et au revoir, — bon père, bonne mère, adieu et au revoir. — Vous tous, mes parents, mes amis, — gardez ces colliers, ces anneaux, — en souvenir de moi. — Et vous, chers petits, — que je baise une dernière fois vos têtes blondes. — D’Hêna, votre amie, souvenez-vous. — Elle va vous attendre dans les mondes inconnus. »

« — Brillante est la lune, — grand est le bûcher qui s’élève — près des pierres sacrées de Karnak, — immense est la foule des tribus — qui arrive et se presse — aux abords du bûcher. — La voilà. C’est elle ! c’est Hêna. — Hêna la vierge de l’île de Sèn. — Elle monte sur le bûcher ; — ses blonds cheveux couronnés de la verte feuille du chêne, — sa harpe d’or à la main, — elle chante ainsi : »

« — Ô Hésus ! prends mon sang ! — et de l’étranger délivre mon pays ! — Prends mon sang, ô Hésus ! Pitié pour la Gaule ! — et victoire à nos armes ! »

« — Le sourire aux lèvres, — les yeux levés vers la voûte du ciel, — du ciel où brillent ces mondes où l’on va revivre ! — Hêna, d’une main ferme, a frappé — son sein virginal et innocent. — Il a coulé, le sang d’Hêna, — il a coulé vermeil et pur ! »