Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/271

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



» — Ô vierge sainte et vaillante ! — en vain il n’aura pas coulé, ton sang ! — Aux armes ! aux armes ! chassons l’étranger. — Victoire à la Gaule, victoire et liberté ! »

« — Elle était douce, — elle était belle, — elle était sainte ! — elle a donné son sang à Hésus — pour la délivrance de la Gaule. — Elle s’appelait Hêna, — Hêna, la vierge de l’île de Sèn ! »


Le dernier verset du bardit parvint à peine perceptible aux oreilles de Berthe et de Nominoë, car la bergère en chantant gravissait la pente de la montagne, et bientôt la voix se perdit dans l’espace. Mademoiselle de Plouernel avait écouté ce bardit avec une attention profonde. L’héroïsme de ce sacrifice expiatoire semblait éveiller une idée soudaine dans son esprit ; et, pensive, elle reprit : — Sublime croyance ! la mort n’est qu’une vie nouvelle ! ainsi que dit l’antique ballade !… Cette terre n’est que l’un des innombrables séjours de notre existence infinie ! et lorsque ce séjour nous devient pesant, on le quitte volontairement !… L’on va, certitude ineffable ! l’on va continuer de vivre en ces mondes mystérieux, où personne n’est allé, où tous nous irons, et où l’on retrouve ceux que l’on a chéris !… Ô ma mère ! ma mère ! tu ne savais pas, et bientôt peut-être tu sauras quel trésor tu m’as légué dans cette divine croyance ! — Puis, sortant de sa rêverie et s’adressant à Nominoë qui l’écoutait en silence, et avec une angoisse dont il ne pouvait s’expliquer la cause, Berthe lui dit : — La légende de cette vaillante et douce Hêna, la vierge de l’île de Sèn, fille de Joel, l’un de vos aïeux, s’est sans doute aussi conservée dans votre famille ?

— Oui, et à cette légende est jointe une petite faucille dorée, sorte de bijou symbolique et sacré que portaient à leur ceinture les druidesses…

— En effet, Nominoë, je me le rappelle, dans son manuscrit, le colonel de Plouernel raconte qu’à chacune de vos annales de famille se trouve joint un objet presque toujours symbolique et laissé par l’auteur du récit ; ainsi s’est formé de génération en génération l’humble et antique reliquaire de votre famille. M. de Plouernel cite