Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/273

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interrompu notre entretien… Il faut que vous sachiez tout… Écoutez encore. Je vous l’ai dit : je voyais dans notre mariage une expiation, une réparation des maux dont votre famille avait souffert d’âge en âge de la part de la mienne. Ces projets, à mesure que ma santé s’améliorait, devinrent ma pensée constante ; mais j’étais assaillie de doutes, d’anxiétés d’abord : vous pouviez ne pas m’aimer… vous pouviez, en apprenant que j’étais une fille des Neroweg, ainsi que dit votre légende, éprouver à mon sujet une aversion instinctive, l’une de ces antipathies de race souvent invincibles…

— Ah ! ne le croyez pas, ne le croyez pas… non, non ! savez-vous au contraire ce qui donnait à mon amour… laissez-moi dire… ce qui donne à l’amour que vous m’inspirez… une puissance étrange, indéfinissable…

— Nominoë, je vous crois loyal, et cependant vos dernières paroles manquent de sincérité…

— De grâce, que voulez-vous dire ?

— Tout à l’heure, je m’expliquerai ; mais deux mots encore sur le passé… Je doutais donc parfois que vous pussiez m’aimer ; puis, lorsque j’envisageais ce mariage au point de vue des préjugés du monde, j’entrevoyais des abîmes de difficultés… Je ne m’en épouvantais pas… je vous aimais vaillamment, Nominoë… mais je m’épuisai longtemps à chercher les moyens de surmonter tant d’obstacles… et surtout de savoir si vous conserviez quelque souvenir de moi… Enfin, tel fut le fruit de mes longues réflexions : je devais, avant tout, m’assurer de la nature de vos sentiments à mon égard, en m’adressant loyalement à vous, avec la tranquillité d’un cœur droit, d’une âme pure. Vous étiez marin du port de Vannes, m’avait dit votre père ; d’autres membres de votre famille étaient vassaux du domaine de Mezléan et métayers de Karnak… Il me fallait donc retourner en Bretagne ; là j’avais toute chance de vous rencontrer… Mon sort et le vôtre seraient alors désormais fixés. Cette résolution mit terme aux anxiétés dont je souffrais depuis longtemps, et opéra