Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/272

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entre autres une petite croix de plomb, laissée par votre aïeule Geneviève, qui a vu supplicier à Jérusalem Jésus de Nazareth !… Quels souvenirs ! quels souvenirs !… — Puis, redevenant pensive, Berthe reprit : — Dites-moi, Nominoë, ces pierres sacrées de Karnak, dont il est parlé dans la ballade, sont-elles celles qui existent encore aujourd’hui ?

— Ce sont les mêmes, et déjà au temps de Jules César leur origine se perdait dans la nuit des âges…

— J’ai visité ces pierres lors de mon dernier voyage à Mezléan… Elles sont gigantesques ; leurs avenues colossales s’étendent jusqu’au bord de la mer qui se brise à leurs pieds !… Ainsi, leur granit a défié les siècles ! elles sont à cette heure telles qu’elles étaient alors que votre aïeule offrait aux dieux son innocente vie pour apaiser leur courroux et sauver la Gaule envahie par l’étranger ! Dévouement sublime ! sa mémoire s’est perpétuée jusqu’à nos jours !… Ah ! Nominoë ! ma famille orgueilleuse se vante de l’antiquité de sa race, de la noblesse de son origine ! Combien plus ancienne et véritablement noble est la vôtre !… C’est vous, ami, c’est vous qui eussiez dérogé, comme ils disent, si cette union, que j’avais rêvée… — Puis, répondant à un mouvement du jeune homme, Berthe ajouta : — Ne vous l’ai-je pas dit, Nominoë… nos joies seront célestes et non terrestres !… Ia Providence l’a voulu… et vous avez obéi à cette volonté providentielle…

— Moi !… Tenez, Berthe, je vous en supplie, ayez pitié du trouble de mon esprit… ce qui se passe aujourd’hui me jette dans une sorte de vertige ; je ne sais si je rêve ou si je veille… Je doute de ce que je vois, de ce que j’entends ! de ce que je ressens ! Tout à l’heure vous avez prononcé le mot de mariage ; j’ai cédé malgré moi à l’enivrement d’un espoir insensé… Oh ! bien insensé… je le reconnais à cette heure…

— Je n’ai pas achevé mes aveux, Nominoë ; cette ballade, les idées qu’elle a éveillées en moi, les souvenirs qu’elle vous rappelait, ont