Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/276

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Vannes pour l’Angleterre, à bord du navire qu’il possède… Arrivés à Londres, un magistrat nous mariera… Je ne vous parlerai pas de mes biens ; la confiscation peut les atteindre ; mais je possède les pierreries de ma mère et une somme suffisante à nous assurer une modeste aisance. Nous habiterons l’Angleterre, s’il y a trop de périls pour nous à revenir en France… Préférez-vous braver ces périls au lieu de vous expatrier ? Je vous aime… j’ai du courage… votre désir sera le mien, Nominoë… » Tels étaient mes projets. Tel était mon vœu le plus cher ! Aussi, le lendemain de mon arrivée au manoir de Mezléan, je me rendais à cheval au bourg afin de m’informer de votre résidence et de vous y adresser ma lettre, lorsque j’ai rencontré un cortège nuptial arrêté par les soldats du roi… et au moment où j’apprenais que ce cortège nuptial était le vôtre, Nominoë, le vôtre… je vous ai vu de loin fuir, éperdu, à la douloureuse surprise de votre père et de votre fiancée. La cause de votre fuite m’a paru inexplicable ; mais que m’importait ! votre cœur n’était plus libre… la beauté charmante de la jeune fille que vous devez épouser justifie votre amour pour elle ! Je repartis le lendemain de notre rencontre ; j’arrivai ici brisée par le chagrin… je n’avais, depuis mon retour, quitté mon appartement, lorsque ce matin Marion m’a remis votre lettre, et je suis venue en ce lieu… Maintenant vous savez tout, Nominoë… un dernier mot, de grâce… Je vous ai, peut-être à tort, dans le cours de notre entretien, reproché de manquer de sincérité lorsque vous protestiez de la constance de votre amour pour moi… Vous êtes honnête homme et incapable d’avoir voulu tromper la jeune fille qui sera votre épouse… Cependant, vous prétendez m’avoir aimée toujours… eh bien ! que vous dirai-je ? Je vous crois, je vous ai cru… sinon mon aveu serait à jamais resté enseveli dans mon cœur !… Oui, l’âme humaine est parfois un si étrange mystère, qu’une autre affection a pu trouver place à côté de votre amour pour moi… vous le regardiez comme un rêve ; mais du moins le souvenir de mon amour vous restera doux et cher parce qu’il aura