Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/277

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été noble et pur… Votre souvenir à vous, Nominoë, me sera aussi toujours cher parce que vous m’avez inspiré une pensée généreuse, une pensée d’expiation, de réparation… Oui, lorsque, selon notre commune croyance, nous nous retrouverons ailleurs qu’ici, nous nous reverrons le front haut et rayonnant d’un bonheur céleste, car je vous l’ai dit, ami, nos joies ne seront pas de ce monde…

Nominoë releva son visage baigné de larmes, et s’efforçant de raffermir sa voix : — À votre tour, écoutez-moi… et surtout, je vous en conjure, mademoiselle, croyez à ma sincérité…

— Je vous en prie, Nominoë, appelez-moi Berthe… Cette familiarité fraternelle sera pour moi une sorte de consolation…

— Mon Dieu ! vous voulez donc rendre mon désespoir plus affreux encore en me rappelant, par cette familiarité, mon bonheur perdu ? — reprit Nominoë avec un sanglot déchirant, mais, regrettant ces paroles. — Pardon… Berthe ! pardon de répondre ainsi à une preuve touchante de votre affection… mais si vous saviez, hélas ! ce que je souffre… Enfin, écoutez-moi, et je vous en adjure, croyez-moi, au nom du Dieu vivant, croyez-moi… Depuis le voyage de La Haye, je vous ai aimée… passionnément aimée… Mais savez-vous, car vous l’avez dit, il y a quelque chose de providentiel dans notre amour… savez-vous, Berthe, ce qui rendait cet amour irrésistible ? C’est un attrait pareil à celui qui vous entraînait vers moi… Oui, si étrange, si inexplicable que cela semble… j’aimais surtout en vous la fille des Neroweg ; oui, cet amour sans espoir, cet amour insensé, ne me promettait que déceptions, que chagrins, que souffrances, que néant ! et cependant il avait pour moi le charme fatal du vide qui nous attire à l’abîme ! J’éprouvais je ne sais quel ressentiment triste et tendre à la fois en aimant en vous une descendante de cette race que j’avais, dès l’enfance, appris à maudire ! Vous étiez à mes yeux un ange de pardon et de concorde ! Ah, Berthe ! si légitime qu’elle soit, la haine est si amère et le pardon si doux ! En vous j’innocentais vos aïeux ! loin de vous rendre solidaire de leurs iniquités, je les