Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/279

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mariage le jour même où il devait avoir lieu aura faibli sans doute devant les justes remontrances de votre père ?

— Oui, mais lorsque je vous ai revue, Berthe, sur la route de Mezléan, mon esprit s’est égaré… une puissance invincible m’a entraîné… j’ai fui éperdu… j’ai, durant la nuit, erré comme un fou dans la forêt… Puis, mon agitation se calmant peu à peu, j’ai envisagé la réalité… Mon mariage avec ma cousine était désormais impossible…

— Impossible… — reprit en tressaillant mademoiselle de Plouernel. — Pourquoi impossible, Nominoë ?

— Parce que je suis honnête homme ! aucune puissance humaine ne me ferait épouser cette pauvre enfant, maintenant surtout que je sais, Berthe, que vous m’aimez… J’ai donc quitté Mezléan sans revoir ma famille ; je ne me sentais pas le courage de braver son indignation. Je suis venu à Plouernel, obsédé par l’espoir d’obtenir de vous un entretien, et ensuite, Berthe, je vous le jure devant Dieu qui m’entend et me juge…

— Nominoë, devant Dieu qui nous entend et nous juge, répondez ! — dit mademoiselle de Plouernel après un moment de recueillement, et pour ainsi dire transfigurée par le rayonnement d’une espérance ineffable. — Êtes-vous résolu de persister dans la rupture de votre mariage ?

— Je vous le répète, Berthe, aucune puissance humaine ne me contraindrait à ce mariage. Il ferait le malheur de ma cousine et le mien…

— Êtes-vous résolu de vous expatrier ?

— Oui, car jamais je n’oserais revoir mon père. Il me maudirait. Il m’a maudit, peut-être…

— Quand comptez-vous partir ?

— Aujourd’hui même, — répondit Nominoë étouffant un sanglot. — J’irai m’engager matelot à Nantes, d’où je ferai voile pour les Indes…