Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/280

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Mademoiselle de Plouernel réfléchit et reprit :

— Existe-t-il près de Nantes, sur la côte, un petit port peu fréquenté où l’on puisse s’embarquer secrètement ?

— Oui, à Saint-Renan, — répondit Nominoë redressant la tête et regardant Berthe avec surprise, — à Saint-Renan, près l’embouchure de la Loire.

— Êtes-vous certain de trouver là un bâtiment qui puisse faire voile pour l’Angleterre ?

— Saint-Renan est un port de pêche ; ses bateaux sont pontés, excellents voiliers. Ils traversent journellement la Manche, — répondit Nominoë presque machinalement, quoique de plus en plus étonné des questions de mademoiselle de Plouernel, qui ajouta :

— Pour se rendre rapidement en voiture d’ici à Saint-Renan combien faut-il de temps ?

— Sept à huit heures, en laissant reposer le cheval à moitié route. Mais, de grâce, pourquoi me…

Berthe réfléchit de nouveau, et d’un geste interrompit Nominoë qui, en proie au soudain vertige d’une folle espérance, la combattait de toutes les forces de sa raison, redoutant une dernière et terrible déception.

Berthe reprit après un moment de silence :

— La route qui conduit à Saint-Renan est-elle fréquentée ?

— Très-peu, c’est une route de traverse.

— Peut-on s’embarquer à Saint-Renan par toute marée ?

— Non, à la marée haute seulement.

— À quelle heure pourrait-on s’embarquer demain ?

— Le flot, à cette époque du mois, doit être de onze heures à minuit.

— Pouvez-vous, d’ici à demain, — demanda Berthe, — vous procurer une voiture à trois places attelée d’un bon cheval ?

— Oui, — répondit Nominoë incapable de résister plus longtemps à un espoir enivrant, et de qui le cœur battait à se rompre.