Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/287

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demoiselle de Plouernel : — Ils l’avaient vue, — répondirent-ils, — deux heures auparavant, se dirigeant vers l’une des portes du parc, — et ils la désignèrent au comte. Il piqua des deux, ainsi que le marquis, vers cette porte ; ils la trouvèrent ouverte, et remarquant sur le sable humide du chemin l’empreinte, facilement reconnaissable, des petits pieds de Berthe, leur surprise fut extrême ; bientôt elle redoubla, car ils virent la trace des pas de la jeune fille aboutir au sentier ombreux qui conduisait à la clairière. Le comte, agité d’un vague pressentiment, descendit de cheval, ainsi que son ami, et donna l’ordre à l’un des écuyers dont il était accompagné d’aller, à tout hasard, chercher les gardes forestiers qu’ils venaient de rencontrer. Puis, MM. de Plouernel et de Châteauvieux, confiant leurs montures à la garde de l’autre écuyer, suivirent le sentier, s’enfoncèrent dans le taillis, et, arrivant aux abords de la clairière, restèrent pétrifiés à la vue de Berthe s’entretenant avec des étrangers ; enfin, prêtant l’oreille, ils entendirent seulement les dernières paroles que mademoiselle de Plouernel adressait à Salaün Lebrenn au sujet de l’amour qu’elle éprouvait pour Nominoë. Le comte, instruit par ses baillis que deux des membres d’une certaine famille Lebrenn, vassale de ses domaines, et marins du port de Vannes, étaient signalés comme des gens remuants et dangereux, ressentit une fureur indicible en voyant sa sœur avouer hautement son amour pour un misérable marinier de race vassale ! Cet amour, dont se révoltait l’orgueil nobiliaire du comte, ruinait d’ailleurs les projets de double mariage si ardemment poursuivis par lui. Il s’expliquait ainsi la cause des continuels atermoiements de Berthe au sujet de son union avec le marquis de Châteauvieux. Celui-ci, non moins blessé dans sa vanité que M. de Plouernel dans sa fierté de race, partagea la fureur de son ami et, non moins menaçant que lui, le suivit lorsque, ne pouvant se contenir davantage, le comte s’était élancé dans la clairière en s’écriant : — Trahison et infamie ! ma sœur offrir sa main à ce vassal !…