Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/286

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selle ?… Elle est aussi bonne que son frère est méchant, mais… — Et nos hommes ? — dit Salaün, interrompant Madok et ne trouvant pas opportun de répondre à sa question, — sont-ils arrivés ?

— Oui, ils ont apporté la dernière charge d’armes cachées dans des fagots de ramées ; ils sont descendus au souterrain par les ruines du donjon ; ils disent que tout est prêt pour cette nuit dans les paroisses… Le tocsin sonnera au lever de la lune !… Un porte-balle, passant par le bourg de Plouernel, a dit qu’on s’est révolté à Nantes, et à Rennes on se bat dans les faubourgs !

— C’est vrai, je le savais, — répondit Salaün ; — aussi faut-il nous hâter… Attendez-moi un instant, je reviens. — Et il se rapprocha de son fils et de mademoiselle de Plouernel, qui lui dit d’une voix qu’elle tâcha de rendre ferme :

— Monsieur Lebrenn, je retourne au château, et demain je partirai pour le manoir de Mezléan, où je veux vivre dans une retraite absolue. Je ne vous reverrai plus, Nominoë… mais, du moins, j’emporte en ma solitude l’estime de votre père et le souvenir d’un amour dont je suis fière, parce qu’il est né d’un sentiment généreux. Aussi, monsieur Lebrenn, en offrant ma main à votre fils, je…

— Infamie et trahison ! sa main à ce vassal !… — s’écria soudain une voix tremblante de fureur. Et sortant du taillis où ils étaient depuis un instant cachés, apparurent dans la clairière le comte de Plouernel et le marquis de Châteauvieux.


M. de Plouernel, afin d’aller à la recherche de sa sœur à travers le parc immense et d’obtenir d’elle une réponse définitive au sujet de son mariage avec M. de Châteauvieux, était monté à cheval avec lui, tandis que, pour se livrer aux mêmes recherches, la marquise et l’abbé montaient en calèche. Le comte, après avoir pendant longtemps vainement exploré les avenues, rencontra plusieurs de ses gardes forestiers ; il leur demanda s’ils n’avaient pas rencontré ma
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