Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/289

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— À moi, mes gardes ! arrêtez ces assassins ! Ne les tuez pas, j’en ferai justice ! — s’écrie le comte de Plouernel, mis hors de combat et soutenant de sa main gauche sa main droite, sanglante et mutilée ; tandis que Nominoë, à l’aspect de Berthe étendue sans connaissance au pied du chêne séculaire, jette au loin son coutelas, et, éperdu, se précipite à genoux près de la jeune fille, désormais étranger à ce qui se passe autour de lui… À l’appel de leur seigneur, les gardes, au nombre de huit, se sont rués sur Salaün Lebrenn et sur Serdan. Celui-ci, désarmé par Nominoë, ne peut que lutter vigoureusement contre ceux qui le veulent saisir ; mais Salaün, tirant son sabre de marin, rend coup pour coup aux gardes qui l’assaillent et crie à son fils, toujours agenouillé près de Berthe :

— Debout, Nominoë, défends-toi… et…

La voix de Salaün expire sur ses lèvres, il est renversé par un violent coup de crosse de mousquet que l’un des gardes lui assène traîtreusement par derrière et sur le crâne, pendant qu’il fait face aux deux assaillants, dont l’un est blessé. Serdan, malgré ses efforts énergiques, est terrassé, puis garrotté avec les bandoulières des gardes, ainsi que Salaün, tombé étourdi sous le coup qu’il vient de recevoir. Nominoë, délirant de douleur, est, à un signe du comte de Plouernel, arraché d’auprès de Berthe par les forestiers ; sa raison semble égarée ; il se laisse lier sans résistance.

— Monseigneur, — vient dire un laquais au comte de Plouernel, de qui M. de Châteauvieux bandait la blessure au moyen de son mouchoir, — madame la marquise et M. l’abbé étaient montés en calèche afin d’aller aussi dans le parc à la recherche de mademoiselle ; ils ont rencontré l’écuyer qui amenait les gardes ; la voiture vient de s’arrêter ici près ; madame la marquise m’envoie vers monseigneur. Quels sont ses ordres ?

— Va dire à M. l’abbé que je le prie de venir sur-le-champ, — répond au laquais le comte de Plouernel. Et s’adressant à M. de Châteauvieux : — Mon ami, vous aiderez l’abbé à transporter ma