Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/290

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misérable sœur dans la calèche. J’y monterai aussi… je perds tant de sang, que je crains de défaillir. — Puis, se tournant vers les trois prisonniers, sombres, immobiles et muets : — Ah ! bandits ! meurtriers ! j’ai droit de haute et basse justice dans ma seigneurie ; vous serez jugés cette nuit ; pendus demain… et… — Mais s’interrompant et regardant autour de lui : — Marquis, est-ce que ces brigands n’étaient pas au nombre de quatre ? Je n’en vois là que trois.

— En effet, il me semble qu’ils étaient quatre… l’un d’eux portait une veste blanche, — répond M. de Châteauvieux rassemblant ses souvenirs et se rappelant d’avoir remarqué Madok-le-Meunier, qui, à l’approche des forestiers, s’est jeté au plus épais du taillis.

— Monseigneur, — dit au comte l’un des gardes, — lorsque nous sommes entrés dans la clairière, un homme prenait la fuite à travers le fourré.

— Il faudra battre les bois et retrouver ce bandit… il sera pendu comme ses complices, — dit le comte de Plouernel au moment où l’abbé Boujaron arrive effaré. Il est en deux mots instruit de la tragique aventure et aide M. de Châteauvieux à transporter dans la calèche mademoiselle de Plouernel, pâle, inerte… Elle semblerait morte, sans le tremblement convulsif dont elle est par instants agitée. On l’étend sur les coussins de la voiture, auprès de la marquise, aussi indignée qu’effrayée de ces événements. Le comte prend place à côté de sa sœur, et l’on regagne en toute hâte le château.

Berthe fut portée chez elle et rigoureusement renfermée avec sa nourrice dans son appartement, d’où elle ne devait sortir que pour être cloîtrée par ordre du roi. Avant la fin du jour, Serdan, Salaün Lebrenn et son fils, amenés par les forestiers, furent séparément emprisonnés dans de profonds cachots ; le somptueux et riant palais de la Renaissance avait ses prisons souterraines ainsi que l’antique et sinistre donjon féodal, le seigneur du dix-septième siècle possédant, comme son aïeul du onzième siècle, droit de haute et basse justice dans sa seigneurie. M. de Châteauvieux, rassuré sur les suites