Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/297

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Oui ! sans pitié ni merci vous avez été pour nous ! sans pitié ni merci nous serons pour vous !…

— Sergent, frappez ces rebelles à coups de baïonnette… sinon les autres brigands de l’avenue accourraient au bruit des mousquetades ! — s’écrie soudain le comte de Plouernel, s’adressant au sergent La Montagne, qui, à la tête de ses hommes armés, venait de se glisser silencieusement dans l’obscurité le long de la façade du château, sans être aperçu des vassaux groupés sur le perron. — À moi, mes forestiers ! — ajoute le comte d’une voix retentissante ; — le château va être attaqué !…

— Lardez ces rustauds ! que pas un n’échappe ! Tête et ventre ! ils ont voulu nous désarmer sur la route de Mezléan !… — s’écrie le sergent La Montagne. Et à son ordre, ses soldats chargent Tankerù et ses compagnons à coups de baïonnette.


Pendant que l’on massacrait les vassaux sur les marches du perron du château de Plouernel, Nominoë attendait la mort au milieu des ténèbres du cachot où, à la tombée de la nuit, l’ont conduit les gardes forestiers du comte. Le bailli de la seigneurie, assisté de son greffier, a procédé à l’interrogatoire de l’accusé, coupable d’une tentative de meurtre suivie d’effet sur très-haut, très-puissant, très-redouté seigneur, etc., etc. Mais Nominoë, se sachant condamné d’avance, est resté muet devant toutes les questions du bailli ; il lui a seulement demandé en quel état de santé se trouvait mademoiselle de Plouernel. L’officier de justice, ne jugeant pas opportun de donner ce renseignement au prisonnier, l’a engagé une dernière fois de réfléchir que son refus de répondre aux chefs d’accusation portés contre lui équivaudrait à un aveu de son crime, lequel crime, constaté de reste par le flagrant délit, entraînait la peine capitale. L’accusé devait d’ailleurs, au point du jour, comparoir par-devant le tribunal seigneurial, ainsi que ses deux complices, coupables de ten-