Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/304

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soins de ma mère, j’ai couru à Vannes chercher un médecin ; je tremblais de le ramener trop tard, il y a si loin de chez nous à Vannes !… Enfin, j’y arrive… Je raconte au médecin ce qui s’est passé ; il monte à cheval, il me suit, j’allais à pied plus vite que lui. Je frappe à notre porte, et en entrant, je demande à ma mère : « — Est-elle morte ? — Non, — me répond-elle. — Tout à l’heure elle a tombé en faiblesse ; mais en revenant à elle, elle m’a reconnue. J’ai voulu la déshabiller pour la coucher ; elle m’a priée, en pleurant, de ne pas la dévêtir de ses habits de noces… Elle est sur son lit… » — Nous montons avec le médecin ; je la vois couchée sur son lit avec sa coiffure et sa robe de mariée… Elle était devenue si pâle, que le frisson me saisit. Cette fois, elle m’a reconnu, m’a tendu ses bras ; elle a tâché de se soulever, elle n’en avait pas la force. Je me suis jeté à son cou, elle m’a embrassé… ses lèvres étaient glacées, ses joues aussi… J’ai tout de suite senti qu’elle était perdue… On aurait dit qu’on me tordait le cœur, j’ai crié de douleur ! Ma mère m’a tiré à elle, j’oubliais le médecin… Il a regardé longtemps ma fille, a touché ses mains, son front, et puis m’a fait signe de sortir avec lui. Le coup subit et affreux dont avait été frappée ma fille avait fait refluer tout son sang vers son cœur, un vaisseau s’était rompu, elle allait mourir… voilà ce que me dit le médecin. J’ai rentré, elle a essayé de sourire, quel sourire !… et nous a dit, à nous deux ma mère : « — Donnez-moi vos chères mains et laissez-les dans les miennes jusqu’à la fin ! » — Et puis, les serrant faiblement, elle a repris : « — Ah ! cela me réchauffe !… » — Pauvre enfant ! elles étaient déjà si froides, ses petites mains, si froides, qu’elles me figeaient la moelle des os !… Je voulais la rassurer ; elle a secoué la tête et a répondu : « — Voyez-vous, grand’mère, voyez-vous que le ciel nous envoie les présages pour nous avertir de nos malheurs ? Ce corbeau noir de ce matin ? et cette petite colombe morte ?… vous savez ?… Non, non, le Seigneur Dieu ne voulait pas que je fusse l’épousée de Nominoë… Nous avons échangé nos an-