Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/33

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vingt-quatre prélats, quarante-deux membres de la noblesse, cinquante-deux bourgeois, et manda ces notables à Saint-Ouen afin, selon lui, d’aviser de concert avec eux aux intérêts de l’État. Le madré compère, entre autres gasconnades, dit à ces notables, en affectant la bonhomie et la déférence : « — Je vous ai assemblés afin de recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre, bref, pour me mettre en tutelle entre vos mains, envie qui, d’habitude, ne prend guère aux rois, aux barbes grises et aux victorieux. » — Ce sont là de nobles et touchantes paroles ; quant à leur sincérité… jugez-en, fils de Joel. Le jour de la convocation des notables, Gabrielle d’Estrées avait désiré assister à la séance, cachée derrière une tapisserie ; le roi lui demanda ensuite : « — quoi lui semblait de son discours à ces bonnes gens. » — Elle répondit qu’il lui semblait surprenant que le roi, à son âge, voulut se mettre en tutelle. « — Ventre Saint-Gris ! — s’écrie le bon compagnon, — il est vrai ; mais j’entends être en tutelle avec mon épée au côté. »

Telles étaient la lourdeur des impôts et les prodigalités du Béarnais, que, choisis, triés, nommés par lui, les notables demandèrent des économies considérables dans les dépenses, proposant d’ailleurs divers moyens de réaliser ces réductions ; parmi ces moyens, les uns étaient excellents et d’une pratique facile, d’autres inexécutables. Sully, non moins jaloux de son autorité en matière de finances, que le roi en ce qui touchait à son pouvoir, conseilla ce prince de charger les notables de rédiger eux-mêmes les édits relatifs aux réformes, espérant dégoûter à jamais ces bonnes gens de leurs velléités réformatrices. Il fallait à cette assemblée, pour mener à bien la tâche qu’elle s’imposait, une foule de renseignements, de chiffres, d’états de recettes et de dépenses que Sully, grâce à mille échappatoires, se garda bien de fournir. Qu’advint-il de ce leurre ? Les notables, empêchés dans leurs travaux, lassés par le mauvais vouloir du ministre, renoncèrent à l’espoir d’alléger les impôts. « — Ces bonnes gens, — dit Sully, — en prenant congé du roi, le supplièrent très-humblement