Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/336

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nir tous tes enfants, fils des conquérants ou fils des conquis, désormais égaux par le droit, égaux par le devoir, égaux par la justice, ne soient plus que des frères en humanité, ô Dieu paternel !

» Notre prière achevée, Berthe et moi… »

— Votre plume, ami ! — dit vivement mademoiselle de Plouernel, — votre plume !… — Puis, penchée sur la table, elle écrit ceci sur la page commencée par Nominoë :

« — Moi, Berthe de Plouernel, j’achève le récit de ce qui va se passer tout à l’heure…

» Notre prière achevée, Nominoë et moi, tous deux agenouillés, pleins d’une confiante allégresse, approchant de nos lèvres ce philtre magique qui va nous ouvrir l’accès des sphères étoilées, nous sentirons bientôt notre âme se dégager de son enveloppe terrestre pour s’élancer radieuse vers l’infini !… »

Au moment où Berthe trace ces dernières lignes, l’horloge du manoir sonne trois heures du matin.

— Nominoë, — dit mademoiselle de Plouernel, — hâtons-nous, le jour ne tardera pas à paraître… Placez ces papiers et ce fer de marteau dans votre sac de voyage ; vous le laisserez sur cette table, avec l’indication de la personne à qui vous le destinez. Il lui sera remis à Vannes par mon vieux serviteur, ainsi que je vais le lui recommander par un dernier mot de ma main, — ajoute mademoiselle de Plouernel en écrivant cette instruction, tandis que Nominoë renferme dans le sac les papiers et le fer du marteau. Berthe ouvre la cassette, y prend un petit flacon rempli d’une liqueur bleuâtre, le place dans son corsage, s’enveloppe d’une mante de soie, et tendant sa main à Nominoë avec un sourire céleste :

— Venez, ami… partons pour ces mondes mystérieux que personne ne connaît… et que nous allons connaître à l’heure de notre renaissance !

— Partons, Berthe !… vous l’avez dit : « Notre divin amour » n’était pas de ce monde !… »