Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/337

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Mademoiselle de Plouernel et Nominoë Lebrenn ont quitté le salon du manoir de Mezléan.


Le ciel est d’une admirable sérénité ; la rosée nocturne remplit d’une suave fraîcheur l’atmosphère de cette belle nuit d’été ; l’aurore fait pâlir les étoiles et empourpre déjà l’orient. Le bruit imposant de la mer, déferlant calme et sonore sur le rivage désert où se dressent les pierres de Karnak, trouble seul le silence de cette solitude… pierres sacrées de la Gaule antique ! gigantesques piliers d’un temple qui pour voûte a le firmament ! Leurs dix longues avenues conduisent à l’autel colossal du sacrifice…

Soudain l’horizon s’enflamme des premiers feux du jour ; la cime des longues vagues de l’océan d’azur devient d’une transparence vermeille ; la grève poudroie comme un sable d’or ; le soleil flamboie, ses rayons semblent entourer d’une éblouissante auréole la pierre du sacrifice…

Là sont étendus sans vie, près l’un de l’autre, les mains entrelacées dans une chaste et suprême étreinte, Berthe de Plouernel et Nominoë Lebrenn. Leur beauté a survécu au trépas… le sourire aux lèvres, les yeux demi-clos, on les croirait endormis d’un doux sommeil… Leur âme immortelle a quitté son enveloppe charnelle ; elle est allée revêtir une autre forme, de même que le voyageur prend un vêtement nouveau afin de parcourir des contrées nouvelles…

Berthe et Nominoë vivent à cette heure, corps et âme, esprit et matière, en ces mondes étoilés où nul de nous n’est allé… où tous nous irons !…


Ce récit a été écrit par moi Salaün Lebrenn. Mon fils avait dû croire au bruit de ma mort. Laissé pour mort, en effet, à Nantes, par les soldats contre lesquels je m’étais défendu avec acharnement, mon