Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/57

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développement de l’industrie, du commerce, de l’agriculture ; enfin, il voulait à tout prix la paix, même au prix d’une dernière guerre européenne, tandis que, dans la bataille, le cardinal de Richelieu ne cherchait que les fanfares sonores de la gloire militaire, dont s’enivrait son orgueil. Il est cependant une œuvre utile, considérable, qu’il accomplit admirablement, et seul il pouvait l’accomplir. Son despotisme ombrageux, son implacable jalousie de tout pouvoir rival du sien, sa haine féroce contre ceux qui voulaient attenter ou résister à son autorité, le prédestinaient à combattre, à anéantir l’esprit de rébellion des seigneurs, des gouverneurs royaux et des princes du sang, qui, depuis tant d’années, reconstituaient une féodalité nouvelle et plongeaient le pays dans les désastres de la guerre civile, en prenant les armes lorsque le pouvoir royal se refusait à reconnaître leurs prétentions souveraines ou de satisfaire leur cupidité. Le cardinal de Richelieu leur prouva que toute attaque à l’autorité royale, en lui personnifiée, entraînerait pour les rebelles la mort… si haut placé que fût le coupable… fût-il né sur les marches du trône… Il frappa donc les grands de terreur, les écrasa sous son terrible niveau ; la tête de plusieurs d’entre eux tomba sur l’échafaud. C’était justice ! Mais ce prêtre, dans l’aveugle vertige de son inflexible despotisme, n’admit aucune différence entre la rébellion du seigneur qui veut continuer de tyranniser, de piller impunément les faibles, et la légitime révolte d’hommes paisibles, industrieux, que la défense de leurs droits, de leur liberté, de leur foi, de leur vie et de celle de leur famille poussent à une résistance légitime et sainte ! Oui, le cardinal de Richelieu voyait un crime dans leur révolte contre un pouvoir qui, au mépris des édits, leur voulait imposer une croyance qui n’était pas la leur ou s’opposer arbitrairement à l’exercice de leur culte, reconnu par les lois. Ainsi fut-il de la haine de Richelieu à l’égard des huguenots. Il les abhorrait, les redoutait, non en raison de leur hérésie, mais en raison de leur esprit républicain, né de la doctrine du libre examen. Le cardinal, résolu d’anéan-