Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/58

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tir le protestantisme, met, en 1627, le siège devant La Rochelle, place forte des réformés ; ils se préparent à soutenir ce nouveau siège avec la même vaillance que nos pères lors du siège de 1573. Ils veulent élire pour maire le capitaine Guiton, corsaire intrépide ; il refuse, on insiste ; alors, tirant son poignard : « — Vous le voulez ? Je serai maire ; mais à la condition qu’il me sera permis de poignarder le premier qui proposera de se rendre, et que l’on me poignardera moi-même si j’ose de capituler. Ce poignard restera sur la table du conseil de la ville jusqu’à la fin du siège. » — Guiton fut fidèle à sa parole. La force défensive de La Rochelle consistait surtout, vous vous le rappelez, fils de Joel, dans la libre communication du port avec l’Océan ; la cité pouvait ainsi, toujours ravitaillée, échapper au blocus ; et, de plus, recevoir des munitions, des renforts, envoyés par les protestants d’Angleterre. Richelieu entreprit une œuvre jusqu’alors inouïe : isoler La Rochelle de la mer en fermant sa rade par une jetée gigantesque, construite hors de la portée du canon des assiégés ; en outre, du côté de terre, le cardinal établit autour de la ville une immense ligne de circonvallation, renforcée de tours et de redoutes, aussi solidement édifiée que les murailles d’enceinte d’une place forte. Ainsi, complètement bloqués par terre et par mer, les Rochelois sont peu à peu réduits à une horrible famine. La flotte anglaise tente vainement, à deux reprises, de démolir, à coups de canon, la jetée qui fermait le port : les vaisseaux anglais s’éloignent, abandonnant La Rochelle à son terrible sort. Le maire Guiton conservait un courage indomptable. Plus de douze mille personnes étaient mortes de faim depuis le commencement du siège. « — Pourvu qu’il reste moi ou un autre pour garder les clefs de la ville, cela suffit, » — disait le capitaine Guiton. Il poignarda, selon qu’il en avait pris l’engagement, il poignarda un échevin qui proposait de rendre la ville, et opposa un refus invincible aux offres de capitulation, indigne de l’honneur des Rochelois, ainsi qu’avaient fait nos pères en 1573 !… L’armée du cardinal fut aussi