Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/63

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vertu de la souveraineté du peuple, instruit le procès de ce monarque, le juge, le condamne légitimement à mort, fait exécuter la sentence, et s’érige aussi en république, sous le protectorat d’Olivier Cromwell. Vous le voyez, fils de Joel, l’antique esprit républicain, dont la renaissance date du siècle passé, où la réforme religieuse a affirmé le droit de libre examen, l’esprit républicain, après avoir laissé en France des racines profondes, assuré l’indépendance des sept Provinces-Unies de Hollande, dont la grandeur et la richesse vont toujours croissant, se propage, s’étend, devient de plus en plus pratique en ce siècle-ci… Pourtant, — malgré ces enseignements redoutables pour les porte-couronne, malgré l’exemple foudroyant du peuple anglais qui, résolu de se soustraire à une tyrannie séculaire, révoltante pour sa dignité, funeste à ses plus chers intérêts, juge et frappe son roi, redevient maître de ses destinées en proclamant la république, le gouvernement des peuples libres, forts et éclairés, — Anne d’Autriche, au lieu de tressaillir au bruit de la hache sous laquelle tombe la tête de Charles Ier, son frère en royauté, Anne d’Autriche, par ses prodigalités, son altier despotisme, son insolent mépris pour les misères de la France, arrivées à leur comble, allait provoquer de nouvelles guerres civiles durant cette même année 1648 ; l’énormité des impôts ruinait le commerce, l’agriculture, l’industrie, en affamant le peuple des villes, en écrasant les paysans, dont on vendait les chevaux et le bétail ; la gabelle le forçait d’acheter le sel comptant, lorsque la capitation lui enlevait son dernier sou, afin de subvenir aux prodigalités de la cour. Le croirait-on, en cette année 1648, tandis que toutes les classes laborieuses, productrices, étaient épuisées, pressurées par le fisc, la reine dépensait cent mille écus pour bâtir l’Opéra au Palais-Royal ! Depuis plus d’un demi-siècle, la royauté ne convoquait plus les États généraux. Leurs dernières assemblées, sous le règne de Henri III, de plus en plus imbues de l’esprit républicain, avaient déclaré que les rois n’étaient que les présidents des États généraux, et qu’il fallait procéder envers le pouvoir royal, non