Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/108

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— Qui es-tu donc pour connaître ainsi ma famille ?

— Ce chant d’esclaves révoltés contre les Romains : « Coule, coule, sang du captif ! tombe, tombe, rosée sanglante, » a été recueilli par un de tes aïeux nommé Sylvest, livré aux bêtes féroces dans le cirque d’Orange… et ton père t’a sans doute aussi appris un autre fier bardit, chanté il y a deux siècles et plus, lors d’une des grandes batailles du Rhin contre les Franks, gagnée par Victorin, fils de Victoria, la mère des camps…

— Tu dis vrai… mon père me l’a souvent chanté ce bardit ; il commence ainsi :

« Ce matin nous disions : Combien sont-ils donc ces barbares ? combien sont-ils donc ces Franks ? »

— Et il se termine ainsi, — reprit le moine laboureur :

« Ce soir nous disons : Combien étaient-ils donc ces barbares ? ce soir nous disons : Combien donc étaient-ils ces Franks ? » — Scanvoch, un autre de tes aïeux, brave soldat et frère de lait de Victoria la Grande, a recueilli ce chant de guerre…

— Oui, la Gaule, alors fière, libre, triomphante, avait refoulé les barbares de l’autre côté du Rhin, tandis qu’aujourd’hui… Tiens… moine, ne parlons plus de ce glorieux passé… le présent me semble plus horrible encore… mon sang bouillonne, et je suis tenté d’assommer cet évêque qui ronfle là… Ah ! maudite soit à jamais la crédulité de nos pères, mourants martyrs de cette religion nouvelle…

— Nos pères ont dû croire aux paroles des premiers apôtres, qui leur prêchaient l’amour, le pardon, la délivrance, au nom du jeune maître de Nazareth, que ton aïeule Geneviève a vu crucifier à Jérusalem…

— Mon aïeule Geneviève ?… tu n’ignores rien de ce qui touche ma famille… Mon père seul a pu t’instruire de ce que tu sais… tu l’as donc connu ?