Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/117

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tiens, qui pratiquons la doctrine évangélique dans tout ce qu’elle a de tendre, de miséricordieux, de libérateur…

À ces mots de Loysik, une voix s’éleva du milieu d’un fourré situé près du chêne, et s’écria :

— Relaps ! sacrilège ! adorateur de Mammon ! ermite du diable ! tu seras brûlé comme hérétique !…

C’était la voix de l’évêque Cautin… Ronan courait aux broussailles pour assommer l’homme de Dieu, malgré les instances de Loysik, lorsque du côté où les Vagres terminaient leur nuit d’orgie par des chants et par des danses, ces cris retentirent :

— Alerte ! nous sommes surpris… alerte, voici les leudes du comte Neroweg !…

— Il est à leur tête !

— Alerte ! les leudes du comte de Neroweg ! Nos vedettes les ont aperçus de loin…

La petite Odille, réveillée par le tumulte, et entendant les paroles des Vagres, s’écria avec terreur, en se jetant au cou de Ronan :

— Le comte Neroweg ! sauve-moi !

— Ne crains rien, pauvre enfant ! c’est lui qui doit craindre.

Puis, s’adressant à Loysik, Ronan ajouta :

— Mon frère, la destin nous envoie un descendant de cette race de Neroweg, que notre aïeul Scanvoch a combattu, il y a deux siècles, sur les bords du Rhin… Je veux tuer ce barbare, sa descendance ne sera pas funeste à la nôtre…

— Tue-moi aussi, — murmura Odille en se jetant aux genoux du Vagre et en joignant les mains ; — j’aime mieux mourir que de retomber aux mains du comte…

Ronan, touché du désespoir de l’enfant et ne pouvant prévoir l’issue du combat, resta un moment pensif ; puis, avisant, assez élevée au-dessus de sa tête, une grosse branche de chêne, il s’élança d’un bond, la saisit à son extrémité ; puis, retombant sur le sol, il la ramena, la tenant d’une main ferme, et la faisant plier.