Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/143

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mensonge… Prenez garde, le Tout-Puissant vous voit et vous entend…

— Mon bon père, j’ai grand’peur du Tout-Puissant, je suis ses commandements que tu nous enseignes, je souffre mes misères avec résignation, j’obéis à mon maître, le seigneur comte, avec la soumission que tu ordonnes pour gagner le paradis ; mais, je te le jure, je n’ai pas volé l’écuelle… La preuve, bon père, c’est qu’on a fouillé mes haillons, et l’on a rien trouvé sur moi.

— Ni sur moi ! — reprit Justin, — ni sur moi non plus l’on n’a rien trouvé.

— Mais, renardeaux que vous êtes ! les larrons habiles savent dissimuler leur larcin !

— Seigneur comte, croyez-moi, je vous le jure par les peines éternelles, je n’ai pas volé l’écuelle…

— Et moi, Justin, je soutiens que Pierre doit être l’auteur du vol… puisque je suis innocent…

— Justin affirme, Pierre nie, moi, Neroweg, j’ordonne que pour savoir le vrai ils soient soumis, l’un à l’épreuve de l’eau froide, l’autre à l’épreuve des fers brûlants…

— Seigneur comte !

— Que veux-tu, clerc ?

— Tu ordonnes que l’accusateur et l’accusé soient tous deux soumis à l’épreuve ?

— Oui…

— Mais si le Jugement du Tout-Puissant prouve que l’accusé est coupable, l’accusateur ne sera-t-il pas ainsi déclaré innocent ? Alors à quoi bon les soumettre tous deux à l’épreuve ?

— Clerc… et si l’accusateur et l’accusé se sont entendus pour voler mon écuelle ? et si pour détourner nos soupçons ils s’accusent mutuellement ?… ne vois-tu pas que l’épreuve dira si tous deux sont innocents ou coupables, ou bien s’il y a un coupable et un innocent ?