Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/145

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» Vive celui qui aime les Franks ! que le Christ maintienne leur empire ! qu’il remplisse leurs chefs des clartés de sa grâce ! qu’il protège l’armée, qu’il fortifie la foi, qu’il accorde paix et bonheur à ceux qui les gouvernent, sous les auspices de notre seigneur Jésus-Christ. Amen (I). » — Or, je te le répète, mon cher fils, une loi dont le préambule s’exprime si pieusement, ne peut être taxée d’iniquité… Bénis-la donc, au contraire, puisqu’elle t’accorde la grâce insigne de voir ton innocence manifestée par la toute-puissance de l’Éternel.

— Clerc, assez de paroles ! — reprit le comte. — L’accusé va subir l’épreuve de l’eau froide… L’on va, selon l’usage, attacher sa main droite à son pied gauche et le jeter dans cette grande cuve la tête la première… S’il surnage, le jugement de Dieu le condamnera, il sera reconnu coupable, et demain il subira la peine due à son larcin ; s’il reste au fond, le jugement de Dieu l’absoudra (J).

À un signe de Neroweg, plusieurs de ses hommes se jetèrent sur l’esclave gaulois, et, malgré sa résistance, ses prières, ils lièrent sa main droite à son pied gauche.

— Hélas ! — disait-il en gémissant, — quelle terrible loi, pourtant, mon bon père !… Quel sort est le mien ! Si je reste au fond de la cuve, je suis noyé, quoique innocent ! si je surnage, je suis condamné au supplice des larrons !

— Le jugement de l’Éternel, mon cher fils, ne saurait jamais s’égarer.

Déjà les Franks, élevant l’esclave entre leurs bras, se préparaient à le lancer dans la cuve, lorsque le clerc s’écria :

— Un moment ! et la consécration de l’eau !

Puis allant vers l’esclave, qui ne cessait de gémir, il approcha de ses lèvres une croix d’argent qu’il portait au cou, et lui dit :

— Baise cette croix, mon cher fils.

Le jeune garçon baisa pieusement le symbole de la mort de l’ami