Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/163

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roles de tendre et adorable miséricorde, même pour la femme adultère… même pour la courtisane repentie !…

Mais, bah ! renions la vieille Gaule ! renions les mâles et douces vertus de nos mères !… Vivent nos conquérants ! vivent leurs adultères, vive leur concubinage ! vive leur ivrognerie ! vive leur rapine ! vivent leurs meurtres et surtout vivent nos évêques !… Et comme le dit le début de la loi des Franks saliens, nos conquérants : 


« Vive celui qui aime les Franks ! que le Christ maintienne leur puissance, qu’il remplisse leurs chefs des clartés de sa grâce ! qu’il protège l’armée, qu’il fortifie la foi, qu’il accorde paix et bonheur à ceux qui les gouvernent, sous les auspices de notre seigneur Jésus-Christ ! »

Et moi, foi de Vagre converti, j’ajouterai à cette pieuse antienne franque cette antienne non moins catholique, apostolique et romaine :

« — Ô seigneur Dieu ! grâces vous soient rendues d’avoir, dans votre toute-puissante volonté, dans votre paternelle mansuétude, envoyé de tels conquérants en Gaule ! Quelle rare et sainte fortune pour notre salut, qui ne se peut faire qu’à force de honte, de lâcheté, de bassesse, d’esclavage, de misère, de larmes et de sang ! Ô Dieu bon, trois fois, cent fois, mille fois bon, et toujours bon. Amen. »




Seigneur comte ! seigneur comte Neroweg ! réveillez-vous !… Cette nuit qui finit, au lieu de la passer entre les bras d’une de vos esclaves, vous l’avez passée, de peur du diable, à genoux près de votre clerc et répétant, d’une lèvre hébêtée, les prières que disait le saint homme, tombant de sommeil ; car après boire il eût préféré son lit. Rassuré par les premières clartés de l’aube, heure close pour les démons, vous vous êtes endormi sur votre couche, garnie de peaux d’ours, trophées de votre chasse… Seigneur comte Neroweg, ré
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