Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/201

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— Seulement pour me venger ?… si j’étais par hasard délivrée ? frère Loysik ?

— Oui, seulement pour vous venger !

— Non… je ne me sens pas de méchanceté au cœur…

— Et si l’on vous disait : la torture et la mort seront subies par eux ou par vous… choisissez…

— Que voulez-vous, frère Loysik… ils sont méchants et injustes, je préférerais ma vie à la leur ; mais si l’on me disait : « — Odille, voici Ronan, voici dame Fulvie… voici frère Loysik, qui n’ont eu pour toi que de douces paroles, que de tendres soins, il faut que toi ou eux soient suppliciés, choisis. » — Oh ! comme je répondrais vite : Prenez-moi… prenez-moi, et qu’ils soient sauvés ! ils ont été si doux pour moi ! ils sont si bons au pauvre monde !

— Petite Odille, si l’on te disait : Chéris ces méchantes gens qui vont te faire mourir… oui, que tes dernières paroles pour eux soient tendres comme l’adieu que tu aurais fait à ta mère adorée ?

— Vous vous moquez, Ronan ! Aimer comme ma mère, ces Franks qui ont fait tant de mal à moi et aux autres ! je ne saurais… je ne pourrais ainsi aimer injustement…

— Et si l’on te disait : Chaque torture que tu vas ressentir te sera payée là-haut en éternelle félicité.

— Où ? là-haut ?… Par qui payée, Ronan ?

— Par un Dieu… par un Dieu tout-puissant, qui peut ce qu’il veut… et qui met la félicité éternelle au prix des souffrances de ses créatures !

— Si ce Dieu peut ce qu’il veut, Ronan, pourquoi n’empêche-t-il pas mon supplice puisque je ne l’ai pas mérité ? S’il peut ce qu’il veut, pourquoi met-il au prix de cruelles souffrances cette éternelle félicité que je ne recherchais pas, ne demandant qu’à vivre dans la paix et l’innocence ?…

— Oh ! naïve et douce enfant ! à qui ne saurait mourir, tu l’apprendrais, — s’écria l’ermite laboureur. — Tu hais justement les