Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/224

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— N’a-t-il pas ses ongles ?

— Pour plus de prudence, je les lui ai limés… Voyez plutôt comme ils sont émoussés…

— Je te crois sur parole… Soit, il aura pour arme un bâton… et tu crois qu’il saura s’en servir ?

— Hélas ! la peur d’être dévoré le forcera bien de se défendre comme il pourra, et de votre vie vous n’aurez vu pareil spectacle…

— Et toi, Neroweg ? — dit Sigefrid, plus qu’aucun autre leude chatouilleux sur la dignité du comte, — accordes-tu que l’ours ait un bâton ? car enfin, seul, tu as le droit de dire ici : Je veux.

— Oui, oui, j’accorde le bâton… je trouve, hi, hi, hi… que cet ours bâtonnant contre des chiens sera un spectacle réjouissant… pourtant j’aurais fort aimé, hi, hi, hi, à voir étrangler l’animal par Mirff et par Morff ; mais cela aurait fini trop tôt. Allons, esclaves sonneurs de trompe ; et vous, esclaves batteurs de tambour, sonnez et tambourinez à tout rompre, ou je ferai tambouriner sur votre échine ! et vous, esclaves porte-flambeaux, approchez-vous tous du cercle que l’on va former ! Haut vos torches, afin d’éclairer le combat… Allons, battez, tambours ! sonnez, trompes de chasse ! pour exciter les chiens.

— Au poteau, l’ours, au poteau !

Karadeuk conduisit l’amant de l’évêchesse à l’une des extrémités de la salle, l’enchaîna à l’une des poutres de la colonnade, et lui remettant le gros bâton noueux sur lequel il avait chevauché, il lui dit :

— Allons, mon pauvre Mont-Dore, courage, défends-toi de ton mieux, puisque tel est le divertissement de ces nobles seigneurs.

Un grand cercle se forma, éclairé par les esclaves port~flambeaux. Au premier rang se trouvaient le roi Chram et ses favoris, le comte, l’évêque et plusieurs leudes ; les autres assistants montèrent sur la table… Au centre du cercle, le Vagre-ours, revêtu de sa casaque, qu’on lui avait heureusement laissée, conservait un sang-froid intrépide ; il s’était naïvement assis sur son train de derrière, comme un