Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/281

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de Vannes, qui, lors de la joyeuse vendange à main armée, que vos tribus sont allées faire cet automne, avaient été blessés ; ils s’étaient tenus cachés jusqu’à leur guérison dans la hutte d’un esclave… Ces deux Armoricains voulaient revenir à Vannes ; de cette ville aux pierres sacrées de Karnak, la distance n’est pas très-longue. Nous partîmes tous trois, avant le lever du soleil, le matin du combat que Clotaire devait livrer à son fils… Pour abréger le chemin, et ne pas nous trouver enveloppés dans la mêlée, nous avons gagné le bord de la mer, afin de nous diriger vers la baie du Morbihan… D’ailleurs, je vous l’avoue, Kervan, j’éprouvais le pieux désir de contempler ces lieux témoins, il y a plus de six siècles, de la grande bataille de Vannes, à la fois donnée sur terre et sur mer ; bataille sanglante, où notre aïeul Joel et ses fils avaient si vaillamment lutté contre l’armée de César. C’était aussi dans cette baie qu’Albinik le marin et sa femme Méroë, de retour du camp romain, maîtres, comme pilotes, de la destinée de la flotte ennemie, et pouvant ainsi la perdre sur des récifs, l’avaient conduite au port, afin de la combattre loyalement, au lieu de la détruire par une lâche traîtrise, fidèles à cet antique proverbe armoricain : Jamais Breton ne fit trahison.

— Oui, ce fut lors de cette grande bataille de Vannes que notre aïeul Guilhern emporta sur son cheval César tout armé. Bataille terrible, où se décida le sort de la Gaule… La victoire fut héroïquement disputée par nos pères ; ils furent vaincus, mais avec gloire !

— Ah ! Kervan ! ces temps héroïques sont loin de nous ; aussi, je vous l’ai dit, j’éprouvais un pieux désir de parcourir ce champ de bataille, et d’arriver sur la côte d’où l’on découvre à la fois la baie du Morbihan et la vaste plaine de Vannes. Nous avions marché une grande partie de la journée ; nous longions la côte, aux environs du port du Croisik, lorsque nous apercevons une cabane de pêcheur adossée à des rochers ; nous nous y rendions pour y prendre un peu de repos, lorsqu’à ma grande surprise, je vois, aux abords de cette hutte, plusieurs mules de voyage pesamment chargées, et des che-