Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/321

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l’accompagner faisait à la hâte quelques préparatifs de voyage, il se rendit dans sa cellule pour y prendre la charte du roi Clotaire. Ronan et sa famille accompagnèrent Loysik, il leur dit tristement :

— Notre position est pleine de périls : il s’agit non-seulement du sort de ce monastère, mais de celui de la colonie tout entière. Vous avez eu facilement raison d’une vingtaine de guerriers ; mais, songer à résister par la force à l’immense et terrible pouvoir de Brunehaut, c’est vouloir le ravage de cette vallée, le massacre ou l’esclavage de ses habitants… Cette charte de Clotaire confirme notre droit ; mais qu’est-ce que le droit pour Brunehaut !

— Alors, mon frère, que vas-tu faire à Châlons dans l’antre de cette louve…

— Tenter d’obtenir justice.

— Obtenir justice !… Mais, tu l’as dit, qu’est-ce que le droit pour Brunehaut ?…

— Elle se joue du droit comme de la vie des hommes, je le sais ; pourtant j’ai quelque espoir… Je désire que vous gardiez ici l’archidiacre et ses guerriers prisonniers… d’abord parce que, dans leur fureur, ils m’auraient sans doute rejoint et tué en route ; or je tiens à vivre pour mener à bonne fin ce que j’entreprends aujourd’hui ; puis, au lieu de me laisser prévenir par l’archidiacre et le chambellan, je préfère instruire moi-même l’évêque et la reine Brunehaut des motifs de notre résistance.

— Mon frère, si cette justice que tu vas tenter d’obtenir au péril de ta vie tu ne l’obtiens pas ? si cette reine implacable te fait égorger… comme elle a fait égorger tant d’autres victimes ?…

— Alors, mon frère, l’acte d’iniquité s’accomplira. Alors, si l’on veut non-seulement soumettre vos biens, vos personnes à la tyrannie et aux exactions de l’Église, mais encore vous ravir, par la violence, le sol et la liberté que vous avez reconquis et qu’une charte a garantie, alors vous aurez à prendre une résolution suprême… oui ; alors, croyez-moi, rassemblez un conseil solennel, ainsi que faisaient autre
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