Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/330

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lait leudes, fidèles ou antrustions ; mais cette dernière appellation était plus spécialement consacrée aux compagnons de guerre du roi.

Lors de la conquête, Clovis ou ses successeurs, après s’être réservé la part du lion dans la spoliation du sol de la Gaule, distribuèrent, sous le titre de bénéfices, une partie des terres aux chefs de bandes, leurs compagnons de guerre. M. Guizot, dans son Histoire de la civilisation en France (t. I, p. 249), dépeint avec autant de sagacité que de savoir l’établissement territorial d’un chef de leudes en Gaule :

«… Lorsqu’une bande arrivait quelque part et prenait possession des terres, ne croyez pas que cette occupation eût lieu systématiquement, ni qu’on divisât le territoire par lots, et que chaque guerrier en reçût un selon son importance et son rang ; le chef de la bande, ou les différents chefs qui s’étaient réunis, s’appropriaient de vastes domaines ; la plupart des guerriers qui les avaient suivis continuaient de vivre autour d’eux à la même table, sans propriété qui leur appartînt spécialement… La vie commune, le jeu, la chasse, les banquets, c’étaient là leurs plaisirs de barbares ; comment se seraient-ils résignés à s’isoler ? l’isolement n’est supportable qu’à la condition du travail ; or, ces barbares étaient essentiellement oisifs, ils avaient donc besoin de vivre ensemble, et beaucoup de leudes restèrent auprès de leur chef, menant sur ses domaines à peu près la même vie qu’ils menaient auparavant à sa suite ; aussi naquit plus tard entre eux une prodigieuse inégalité ; il ne s’agit plus de quelque diversité personnelle de force, de courage, ou d’une part plus ou moins considérable en terres, en bestiaux, en esclaves, en meubles précieux ; le chef, devenu grand propriétaire, disposa de beaucoup de moyens de pouvoir, et les autres étaient toujours de simples guerriers. »

Néanmoins, le besoin de conserver auprès d’eux ces guerriers pour la nécessité d’une défense commune, poussait les chefs à augmenter sans cesse le nombre de leurs leudes; les rois Gontran et Childebert stipulent en 587 : « Qu’ils ne chercheront pas réciproquement à se débaucher leurs leudes, et qu’ils ne conserveront pas à leur service ceux qui auraient abandonné l’un d’entre eux. » (Grégoire de Tours, liv. IX, ch. xx.)


(I) Voir Thierry, Lettres sur l’Hist. de France, p. 77.


(J) Au commencement de ce siècle, où l’administration romaine importée en Gaule subsista encore pendant quelques années malgré l’invasion des Franks, la classe des curiales comprenait tous les citoyens habitants des villes, qu’ils y fussent nés ou qu’ils fussent venus s’y établir, et possédant une certaine fortune territoriale. Les curiales avaient pour fonctions : 1° d’administrer les affaires de la ville, ses dépenses et ses revenus ; dans cette double situation, les curiales répondaient non-seulement de leur gestion individuelle, mais des besoins de la ville, auxquels ils étaient forcés de pourvoir eux-mêmes, en cas d’insuffisance des revenus municipaux ; 2° de percevoir les impôts publics sous la responsabilité de leurs biens propres en cas de non~recouvrement ; 3° nul curiale ne pouvait vendre, sans la permission du gouverneur de la province, la propriété qui le rendait curiale, ni s’absenter de la ville ; sinon, et dans le cas où ils ne revenaient plus, leurs biens étaient confisqués au profit de la cité.

Les fonctions de curiales entraînaient des charges et une responsabilité très-grandes ;