Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/44

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membres, essuyait la sueur glacée qui coulait de son front. À l’appel de l’évêque, le chambrier parut ; le saint homme lui dit tout bas en latin :

— L’enfer a été très-satisfaisant… Qu’on éteigne le feu !

Et il ajouta tout haut :

— Commande à l’un des leudes du comte de venir ici… Tu l’accompagneras.

Le chambrier sorti, l’évêque s’adressant au Frank toujours agenouillé :

— Tu as cru, et tu te repens… Relève-toi ! Mais prends garde de manquer à ta parole…

— Mon bon patron, je ne me relèverai pas que tu ne m’aies promis une chose…

— Quoi donc ?

— J’ai peur de retourner cette nuit à mon burg ; les démons viendraient peut-être me prendre sur la route… Je suis épouvanté… garde-moi cette nuit à ta villa.

— Tu seras mon hôte jusqu’à demain ; mais ta petite esclave, tu devais me l’envoyer dès ton arrivée… chez toi ?

— Tu la veux cette nuit ?… la petite esclave ?

— Je l’ai promise à mon évêchesse, autrefois ma femme selon la chair, aujourd’hui ma sœur en Dieu. Elle a besoin d’une toute jeune fille pour son service ; je lui ai promis celle-ci… et plus tôt elle l’aura, plus tôt elle sera contente.

— Ainsi, patron, — dit le comte en se grattant l’oreille,— tu la veux absolument ce soir, la petite esclave ?

— Oserais-tu maintenant te dédire ?… Te crois-tu déjà si loin de l’enfer ?

— Non, oh ! non, patron… ne te fâche pas ; un de mes leudes va monter à cheval ; il ira chercher la petite esclave et la ramènera ici en croupe…

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